Dimanche 11 mai 2008
Introduction:
Par Entada

Noosphère
   
L'hémisphère gauche de notre cerveau est dévolu à la logique, c'est le cerveau du chiffre. L'hémisphère droitde notre cerveau droit est dévolu à l'intuition, c'est le cerveau de la forme. Pour une même information, chaque hémisphère aura une perception différente pouvant déboucher sur des conclusions absolument contraires.
Il semblerait que, la nuit seulement, l'hémisphère droit, conseiller inconscient, par l'entremise des rêves, donne son avis à l'hémisphère gauche, réalisateur conscient, à la manière d'un couple dans lequel la femme, intuitive, glisserait furtivement son opinion à son mari, matérialiste.
Selon le savant russe Vladimir Vernadski (aussi inventeur du mot "biosphère") et le philosophe français Teilhard de Chardin, ce cerveau droit intuitif serait doté d'un autre don encore, celui de pouvoir se brancher sur ce qu'ils nomment la "Noosphère". La Noosphère pourrait être représentée comme un grand nuage cernant la planète tout comme l'atmosphère. Ce nuage sphérique immatériel serait composé de tous les inconscients humains émis par les cerveaux droits. L'ensemble constituerait un grand ensemble, l'Esprit humain global en quelque sorte.
C'est ainsi que nous croyons imaginer ou inventer des choses alors qu'en fait, c'est tout simplement notre cerveau droit qui va les chercher dans la Noosphère. Et lorsque notre cerveau gauche écoute attentivement notre cerveau droit, l'information passe et débouche sur une idée apte à se concrétiser en actes.
Selon cette hypothèse, un peintre, un musicien, un inventeur ou un romancier ne seraient donc que cela: des récepteurs radio capables d'aller avec leur cerveau droit puiser dans l'inconscient collectif puis de laisser communiquer hémisphères droit et gauche suffisamment librement pour qu'ils parviennent à mettre en œuvre ces concepts qui traînent dans la Noosphère à la disposition de tous.
http://www.bernardwerber.com/unpeuplus/ … phere.html
http://fr.wikipedia.org/wiki/Noosph%C3%A8re


Les animaux et les plantes peuvent produire des phénomènes de type PK. On a réalisé des expériences avec des poussins et des tychoscopes inventés par Pierre Janin. Le thycoscope peut se définir comme un générateur de mouvements aléatoires qui marque une surface de papier par ses déplacements. Un poussin, conditionné à considérer le thycoscope comme sa mère naturelle, est enfermé dans une cage à proximité. On constate que le poussin influence les déplacements du thychoscope, qui a tendance à se rapprocher de plus en plus de la cage, sous les appels en détresse de l’animal.
On est ici confronté à une double l’interrogation :
Soit le poussin influence les déplacements du tychoscope dans son désir d’être soutenu par ce qu’il considère être sa génitrice, soit une force extérieure de nature inconnue, intervient pour soulager la détresse du poussin. Dans tous les cas, la part du hasard est mise en déroute par les résultats qui demeurent significatifs.

Selon JP

Sur les rôles respectifs des hémisphères cérébraux droit & gauche tels que tu les rapportes, je suis d'accord.
Quant à considérer que c'est l'hémisphère droit qui joue le rôle "d'antenne", ça reste une hypothèse. On pourrait aussi envisager que ce rôle d'antenne soit tenu par une structure plus profonde du cerveau, par exemple le paléocortex ou l'archéocortex.





































Sur la psychokinésie, ces phénomènes sont attestés, et pas seulement chez les animaux => voir les cas de poltergeist.
Mon avis est qu'il n'y a pas intervention d'une force extérieure, mais que les mouvements observés résultent d'une action de l'esprit sur la matière.
L'étude scientifique des cas de poltergeists commence. Petit à petit, on délaisse l'explication par l'influence de « certains éléments ou esprits » pour se tourner vers des hypothèses beaucoup plus « naturelles ».
Le cas de poltergeists le plus spectaculaire est très récent : il s'est manifesté d'août 1977 à septembre 1978, à Enfield, dans la banlieue nord de Londres. Plus de mille cinq cents incidents de ce type ont été enregistrés, en présence de nombreux spécialistes venus étudier le problème.
En majorité, le phénomène paraît lié à des jeunes gens en âge pubertaire. Est-ce le passage à l'âge adulte qui le détermine ? N'est-ce pas, plutôt, un phénomène lié à une certaine tension sexuelle ? Les réponses demandent à être nuancées. L'étude de plus en plus rigoureuse des phénomènes de poltergeists, également appelés « esprits frappeurs » ou bien, en langage plus moderne, cas de « psychokinésie spontanée récurrente » (PKSR), a permis de les relier à un certain type de tension sexuelle.
Dans de nombreux cas de PKSR, il y a, non loin du lieu où se manifeste ce phénomène, un ou plusieurs enfants en âge pubertaire. Ce lien entre expériences paranormales et adolescents n'est d'ailleurs pas nouveau : il daterait de l'étude du cas des sœurs Fox, aux États-Unis, en 1840. L'explication la plus couramment avancée est alors que des jeunes filles, parvenues à l'âge de la maturité sexuelle, peuvent emmagasiner des réserves d'énergie suffisantes pour faire tourner des tables, provoquer des jets de pierres, voire produire des sons étranges.

En guise d'illustration, voilà ce que révélèrent d’étonnantes observations anthropologiques japonaises, liées à l’étude en milieu naturel - pendant 30 années -, des macaques de l’archipel des îles Okinawa Tô : Dans l’île de Koshima, des scientifiques approvisionnaient les singes de patates douces qu’ils laissaient tomber sur la plage. Les singes aimaient bien le goût de la patate douce crue, mais trouvaient déplaisant de manger du sable...

Imo, une jeune femelle, trouva la solution au problème en lavant les patates. Les observateurs notent que les premiers à suivre l’exemple de la guenon sont les jeunes singes, qui l’accompagnent au fil des jours, de plus en plus nombreux, avec d’autres femelles. Les plus réticents sont les vieux singes, rivés à leurs habitudes, qui observent ce manège avec des grimaces réprobatrices...

Les années passent, et le processus continue lentement à s’amplifier jusqu’au jour où ce groupe atteint une "centaine" d’individus... Ce matin là, le "centième" singe apprit à son tour à laver ses patates, et c’est à ce moment qu’il se passe un phénomène extraordinaire : toute la communauté bascule et l’ensemble de la société des singes adopte ce comportement.

Plus extraordinaire encore, les scientifiques découvrirent, stupéfaits, que ce nouveau comportement venait de franchir l’océan d’un seul bond !... Des colonies de singes occupant d’autres îles, et même la troupe vivant sur le continent dans la ville de Takasaki, commencèrent eux aussi à laver leurs patates douces...! L’addition de "l’énergie mentale" de ce "centième" singe créa donc une véritable percée idéologique, une révolution culturelle inattendue.

La nature elle-même délivrait ce message : lorsqu’un certain nombre d’individus atteint un niveau de Conscience, celui-ci peut être transmis d’un esprit à l’autre...

Même si le nombre exact d’individus touchés par ce changement peut varier, le phénomène du "Centième singe" demeure le même. Lorsqu’un nombre restreint de personnes apprend une nouvelle façon de penser, de vivre, et d’agir, ce nouvel apprentissage reste connu des seuls initiés. Cependant, il suffit alors qu’une seule personne parvienne à son tour à cette nouvelle Conscience, pour que celle-ci atteigne presque tout le monde...

Comme le clame aussi Bernard Werber dans sa "Révolution des Fourmis" :
« C’est à vous maintenant de faire la révolution. Ou l’évolution. C’est à vous de forger une ambition pour votre société et votre civilisation. C’est à vous d’inventer, de bâtir, de créer afin que la société ne reste pas figée et qu’elle n’aille plus jamais en arrière (...) Partez à la conquête de nouvelles dimensions de réflexion. Sans orgueil, sans violence, sans effets spectaculaires. Simplement, agissez.
Nous ne sommes que des hommes préhistoriques. La grande aventure est devant nous, non derrière. Utilisez l’énorme banque de données que représente la nature qui vous environne. C’est un cadeau. Chaque forme de vie porte en elle une leçon. Communiquez avec tout ce qui est vie. Mêlez les connaissances (...) Inventez.
Chacun d’entre vous est une fourmi qui apporte sa brindille à l’édifice (...). Ce sera long, vous ne verrez jamais les fruits de votre travail mais, comme les fourmis, accomplissez votre pas. Un pas avant de mourir. Une fourmi prendra discrètement le relais, et puis une autre, puis une autre, puis une autre... La Révolution des fourmis se fait dans les têtes, pas dans la rue ! »


Voir aussi : http://www.oulala.net/Portail/article.p … ticle=1628
Par Percy
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Mercredi 7 mai 2008
De la Russie à l'Égypte en passant par l'Allemagne, enquête sur le parcours de ce faux antisémite mis en circulation par la police secrète tsariste. Un bréviaire nazi qui a le vent en poupe dans les pays arabes et, à nouveau, à Moscou.

Rédigés par la police secrète russe au début du XXe siècle, les Protocoles des sages de Sion sont présentés comme le programme émanant d'un conseil de responsables juifs pour anéantir la chrétienté et dominer le monde. Le document est alors destiné à faire croire au tsar Nicolas II qu'une conspiration se trame contre sa couronne. Mais au lendemain de la Première Guerre mondiale, il trouve un terreau fertile dans tous les milieux antisémites européens. En Allemagne, Adolf Hitler en fait l'un de ses livres de chevet. Même si le Times de Londres révèle en 1920, preuves à l'appui, que les Protocoles ne sont qu'un faux, leur "carrière" est lancée...
Aujourd'hui, on sait tout ce qu'il faut savoir sur les Protocoles : leur date de fabrication, leur auteur, leur commanditaire, le but dans lequel ils ont été écrits. Pourtant, nombreux sont ceux qui s'obstinent à croire à l'authenticité du texte, persuadés de trouver là l'explication à tous leurs maux. Dans les pays arabes, les Protocoles sont partout présentés comme un texte historique. Diffusés dans les librairies ou adaptés en série télévisée, ils nourrissent la haine antijuive et antioccidentale. En Palestine, la charte politique du Hamas fait elle-même référence aux Protocoles. D'une façon générale, depuis la guerre des Six-Jours, le faux est instrumentalisé pour mobiliser les masses dans la lutte contre Israël. Les Protocoles ont également le vent en poupe dans la Russie postcommuniste, car ce sont les orthodoxes qui se chargent de la diffusion du faux document. Vecteur de la nouvelle identité russe, l'Église ne craint pas de désigner ouvertement les juifs à la vindicte de ses fidèles.








http://fr.wikipedia.org/wiki/Protocoles_des_Sages_de_Sion

Les Protocoles des Sages de Sion (en russe, Протоколы сионских мудрецов ou Сионские протоколы) est un document fallacieux, fabriqué par un Russe vivant à Paris, à la demande de la police secrète du tsar, et à l'intention de celui-ci qui en fit un instrument de propagande.

Ce document fut écrit à la fin du XIXe siècle à Paris par un faussaire antisémite russe, Mathieu Golovinski. Le texte tendait à faire croire qu'il existait un programme mis au point par un conseil de sages juifs voulant anéantir la chrétienté et dominer le monde. L'objectif visé ouvertement était donc d'alerter la Chrétienté du danger qu'elle courait à plus ou moins long terme ; mais l'auteur et ses commanditaires avaient d'autres intentions plus directes et plus politiques : sensibiliser le tsar et son gouvernement aux méfaits qui découleraient inévitablement d'une trop grande ouverture à l'égard des Juifs de l'Empire, réputés comme les chantres inconditionnels de la vie moderne, et intéressés au premier chef par un changement libéral de régime[1] depuis que leur statut avait été dégradé par les tsars réactionnaires comme Alexandre III[2].

Le livre est composé de récits supposés être les comptes-rendus d'une vingtaine de réunions secrètes exposant un plan secret de domination du monde. Ce plan imaginaire utiliserait violences, ruses, guerres, révolutions et s'appuierait sur la modernisation industrielle et le capitalisme pour installer un pouvoir juif. La publication à grande échelle de ce texte prétendait dévoiler ce « complot juif ». Ce texte fut repris par Adolf Hitler[3] comme pièce maîtresse de la propagande antisémite du Troisième Reich. Depuis lors il n'a cessé d'être lu et amplement diffusé ; il constitue une pièce centrale dans l'arsenal de l'antisémitisme contemporain. On le retrouve également dans la théorie de ZOG, apparue dans les milieux d'extrême droite aux États-Unis.

Les Protocoles des Sages de Sion, parfois surtitrés Programme juif de conquête du monde, sont parus en deux temps et deux versions proches, toutes deux éditées en Russie, d'abord partiellement en 1903 dans le journal Znamia (Знамя), puis, dans une version complète, en 1905 et 1906. Durant les quinze années suivantes, les Protocoles circulent dans les cercles restreints de la police secrète et des antisémites russes. Avec la Révolution d'Octobre en 1917, et la fuite en masse de Russes anti-révolutionnaires (on comptait parmi eux un certain pourcentage d'antisémites) vers l'Europe de l'ouest, l'aire d'influence des Protocoles s'élargit[4]. Ils ne deviennent cependant célèbres à l'échelle internationale qu'en 1920 lorsqu'ils sont traduits en allemand (janvier) puis en anglais (février).

Dès leur arrivée sur la scène publique, leur authenticité a fait l'objet de questionnements. Dans son édition du 8 mai 1920 The Times de Londres évoque ce « singulier petit livre » dans un éditorial titré « Le Péril juif, un pamphlet dérangeant. Demande d'enquête » ; l'article, malgré le titre dubitatif, tend à démontrer le caractère authentique du pamphlet[5]. Un an plus tard, en août 1921, le Times revient sur son erreur et publie la preuve du faux sous le titre La fin des Protocoles - mais sans convaincre grand monde puisque les thèmes développés dans les Protocoles seront repris au cours des années suivantes dans de nombreux ouvrages (pseudo-scientifiques, polémistes, ou de fiction) antisémites publiés à travers l'Europe[6].

Un faux [modifier]

L'examen attentif du texte a mis en évidence la falsification : les Protocoles ne sont en fait qu'un plagiat du texte du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu, publié à Bruxelles en 1864 par Maurice Joly, qui y dénonce un complot bonapartiste. La supercherie devient évidente par simple comparaison ligne à ligne des deux textes.

La vérité sur son auteur n'a, quant à elle, été découverte qu'à la fin du XXe siècle par un historien en littérature russe : Mikhail Lépekhine grâce à l'ouverture des archives soviétiques à partir de 1992. Le faussaire est en effet devenu compagnon de route des Soviétiques qui détenaient les documents.

La structure du texte falsifié découverte, puis le faussaire et les causes de la falsification identifiées, il ne subsiste plus aujourd'hui aucun doute sur la nature de ce document. Pourtant, certains partis ou groupes antisémites, voire certains régimes continuent de citer les Protocoles des Sages de Sion comme preuve irréfutable d'un complot juif international... Les historiens sont cependant unanimes sur cette falsification grossière, aux conséquences paradoxalement considérables.

Couverture d'une édition russe de 1912
Couverture d'une édition russe de 1912

Mathieu Golovinski connaît bien les techniques de la propagande, ayant travaillé dans les années 1890 pour le Département de la presse à Saint-Petersbourg dirigé par Michel Soloviev, un antisémite qui fait de Golovinski son protégé.

Exilé à Paris, il travaille au Figaro avec le fils de Maurice Joly, Charles Joly, et exerce ses talents auprès de Pierre Ratchkovski pour la police politique russe (l'Okhrana) en France. En France la politique de discrimination à l'égard des juifs par le régime de Nicolas II suscite des critiques. Les antisémites russes en exil veulent conforter le Tsar dans sa politique, voire l'inciter à la durcir.

C'est pourquoi Ratchkovski commande les Protocoles, destiné à l'origine au tsar seulement. Le texte, « authentifié » par le ministère de l'interieur malgré la réticence du plus proche conseiller du Tsar, le comte de Witte[7], se veut une preuve décisive d'un plan juif de domination du monde reposant sur la modernisation industrielle et financière.

L'antisémitisme du propos va de pair avec l'antimaçonnisme. Pierre-André Taguieff indique que le titre en russe d'une des deux premières éditions en 1905 était « Extraits des protocoles anciens et modernes des Sages de Sion de la société mondiale des francs-maçons[8] » et qu'il s'agissait de promouvoir l'image de « Sages de Sion, figures fictives du mythe anti-judéo-maçonnique[9] » . L'auteur des Protocoles fait en effet dire aux juifs : « La Loge maçonnique joue, inconsciemment, dans le monde entier, le rôle d’un masque qui cache notre but. »

Ce texte servit par la suite d'instrument de propagande antisémite, aux nazis notamment. Caractérisant les Juifs sur des bases racistes et non plus seulement religieuses, il fut et reste un des véhicules majeurs de l'antisémitisme moderne, utilisant la logique de la théorie du complot.

L'ouvrage a été interdit en France par un arrêté de mai 1990[10]. Il est également interdit en Suisse depuis 1935[11]. Il jouit d'une certaine popularité parmi les populations du Moyen-Orient où il est régulièrement réédité dans la plupart des pays musulmans, depuis sa première traduction en arabe et édition en Egypte, en 1951. Les Protocoles figurent comme référence dans la Charte du mouvement islamiste palestinien Hamas. Voir les notes ci-dessous sur la place qu'occupe ce texte, premièrement dans la plupart des pays musulmans[12], et deuxièmement sur la diffusion du texte des « Protocoles » dans les pays arabes[13].

Il est également popularisé par divers feuilletons télévisés, diffusés à grande échelle :

  • un feuilleton télévisé égyptien, repris par de nombreuses télévisions arabes, Cavalier sans monture, qui évoque de façon centrale dans l'intrigue les Protocoles des Sages de Sion présenté comme un livre tenu secret par des Juifs mais supposé authentique[14] ;
  • le feuilleton Diaspora, diffusé par Al-Manar, la télévision du Hezbollah ;
  • une série télévisée Al-Sameri wa Al-Saher, sur Al-Alam Télévision, la télévision iranienne, comprenant non seulement une dénonciation du supposé pouvoir des juifs sur le monde, mais un négationnisme ouvertement exprimé à l'égard des crimes commis envers les juifs.

Toutes ces diffusions sont très populaires et largement reprises par de nombreuses autres télévisions nationales[15].

Au terme d'une de ses études sur les Protocoles, Pierre-André Taguieff propose cinq fonctions qu'ils peuvent remplir dans l'imaginaire - et dans la réalité, puisque la mise à jour d'un complot (n'existant que dans l'esprit de ses découvreurs) est souvent suivie de l'organisation bien réelle d'un contre-complot :

  1. aider à l'identification des forces occultes à l'origine du complot chimériques - et confirmer qu'elles sont impitoyables ;
  2. lutter contre ces forces en révélant les secrets qui les rendent puissantes ;
  3. justifier la contre-attaque contre l'ennemi désormais clairement identifié comme totalement néfaste ;
  4. mobiliser les foules (et/ou les autorités) pour la cause que les révélateurs du complot défendent ;
  5. recréer un monde enchanté, fut-il épouvantable et terrorisant[16].

Les Protocoles ont effectivement rempli ces fonctions à travers les décennies et bientôt les siècles, et leur utilisation sans cesse réactualisée démontre s'il le faut la recherche permanente d'explications pseudo-rationnelles à la marche du monde[17] : rédigés pour lutter contre les révolutionnaires anti-tsaristes, les Protocoles ont servi aux visées anti-sémites, anti-sionistes, anti-américaines et, plus récemment, anti-mondialisation.

Par Percy - Publié dans : Histoire
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Vendredi 25 avril 2008
Actuellement sur  PLANETE: http://www.planete.tm.fr/programmes/fiche.html?PROG_ID=197899&BROA_ID=34682
Un demi-siècle de propagande gouvernementale et de manipulation des médias ont entraîné la nation américaine dans plusieurs conflits armés, de la guerre du Vietnam à l'invasion de l'Irak. La preuve avec ce documentaire brillant et salutaire qui expose des séquences d'archives criantes de vérité, sur un commentaire dit par l'acteur engagé Sean Penn.

L'ombre de George Orwell plane sur ce film qui divulgue en détail comment les médias d'information américains ont, sans discernement, relayé les messages pro-guerre des administrations présidentielles successives. Guidé par les recherches minutieuses et les analyses sévères du spécialiste des médias Norman Solomon, le film recense des exemples troublants de propagande et de complicité médiatique à travers des séquences uniques, actuelles et passées, de dirigeants politiques et de journalistes de renom. Parmi eux, Lyndon Johnson, Richard Nixon, le Secrétaire à la Défense Robert McNamara, le sénateur dissident Wayne Morse ainsi que les correspondants de guerre Walter Cronkite et Morley Safer. Pour le grand quotidien " Los Angeles Times ", les travaux de Norman Solomon, " très convaincants ", sont indispensables " pour ceux qui souhaitent avoir un contexte détaillé avec leur café du matin " de l'information qu'on leur sert. A ne pas rater pour regarder la vérité en face.

Ce film a remporté le Grand prix du Festival international du film des doits de l’homme 2008 (FIFDH) dans la catégorie "Dossiers et Grands reportages".

Trailer:



DOC









Par ailleurs, ce reportage engagé démontre que le Pentagone, soucieux de ne pas répéter l'expérience du Vietnam, a su faire des grands réseaux de télé américains ses plus fidèles porte-étendards.

Par Percy - Publié dans : Histoire
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Samedi 5 avril 2008

Affaire Cotillard en background,complots et 11 Septembre.

Une violente collision dans « Le Monde » entre un philosophe et « la théorie du complot » fait une victime : le doute méthodique.

A-t-on jamais vu un philosophe « jeter le bébé avec l’eau du bain » ? Oui, l’accident vient d’arriver à Robert Redeker, qui allègue sa qualité de philosophe pour signer un article vengeur paru dans Le Monde du 30 mars 2008, intitulé « Marion Cotillard et les complots » (1).

On sait que, tout auréolée de la gloire d’un Oscar hollywoodien pour son interprétation d’Édith Piaf dans le film La Môme, l’actrice s’est crue autorisée dans une récente interview à livrer sa représentation du monde qui fait la part belle à « la théorie du complot » : ainsi a-t-elle fait part de ses doutes sur la version officielle des attentats du 11-Septembre 2001.

Le coup de sang du philosophe

Il n’en a pas fallu plus pour que, perdant toute mesure, notre philosophe R. Redeker, en vienne à tout mélanger en fulminant des diagnostics psychiatriques. C’est à la mode en ce moment face à l’opposant ! Il y dénonce tout à la fois :

1- « une vision délirante » dans la prétention à croire à « une manipulation occulte » de la réalité ;

2- il y voit même « un usage dément du principe du doute » qui interdit de « croire ce qui nous est dit » ;

3- emporté dans son élan, il y débusque même « la logique négationniste » - pas moins - selon laquelle «  toute vérité officielle, fût-elle inscrite dans les livres d’histoire, n’est que mensonge » ;

4- et de fil en aiguille ou, plutôt, de glissades en galipettes, il en arrive à estimer qu’on est en présence d’une « storytelling » - le mot non traduit est aussi à la mode - dont « la matrice », sans rire, serait « les Protocoles des sages de Sion  », ce libellé antisémite de la fin du XIXe siècle prétendant faire croire à un projet de domination du monde par les Juifs. Pas moins !

Qu’il soit choqué par le succès en librairie des élucubrations du Da Vinci Code sur le prétendu complot de l’Église catholique pour cacher la vérité au sujet de la descendance de Jésus dont le sang coulerait aujourd’hui dans les veines d’une jeune femme, rien de plus normal ! Qu’il soit agacé par les hypothèses qui contredisent la version officielle des attentats du 11-Septembre 2001, passe encore ! Mais qu’il en vienne à jeter par-dessus bord la démarche philosophique par excellence qu’est le doute méthodique surtout face à la représentation de la réalité que livrent les pouvoirs de tous poils, voilà qui sidère ! Quant à amalgamer ce doute méthodique, condition préalable d’une représentation fidèle de la réalité, au négationnisme et aux aventures criminelles antisémites, on a beau être philosophe, on marche sur la tête ou on la perd.

Le secret, cette information vitale protégée

Il est étonnant que R. Redeker ignore le principe fondamental de la relation d’information, que l’on détienne un pouvoir ou non : nul être sain ne livre volontairement une information susceptible de lui nuire. Qui peut contredire ? « Si les hommes savaient ce qu’ils disent les uns des autres, renchérit Pascal, il n’y aurait pas quatre amis dans le monde. » Or, si on admet ce postulat, le doute méthodique s’impose avant de croire qui que ce soit. Sans doute, la connaissance que l’on a de son interlocuteur fera qu’on le croira volontiers ou non. Mais, même si, par une information fiable régulièrement transmise, il jouit d’un grand crédit, il n’est pas lui-même à l’abri d’une erreur : « Errare humanum est », l’erreur est humaine.

Les données se compliquent quand on passe au niveau des groupes et que des enjeux de pouvoir interfèrent. Déjà, dans une relation interpersonnelle, l’information est soigneusement triée et filtrée selon les motivations de chaque individu avant d’être « donnée volontairement », on imagine qu’elle l’est au moins autant sinon plus quand il s’agit de celle que livrent des groupes : le secret est l’information dont la révélation mettrait en danger leurs intérêts sinon leur existence. Faut-il alors appeler « complot » cette représentation calculée de la réalité sous forme de « cartes » distinctes du « terrain » représenté, à laquelle s’attachent tout groupe, toute entreprise, tout parti, tout lobby, toute religion, tout Etat, pour assurer leur sauvegarde et leur développement ? Hélas ! Oui, la réalité fait l’objet d’une manipulation occulte à chaque instant tant par les individus que par les groupes, mais contenue plus ou moins par l’observation des autres individus et des autres groupes qui évaluent ou non la fiabilité des informations reçues et tentent ou non d’en extorquer d’autres plus fiables.

« La théorie du complot », une appellation pernicieuse

La formule « théorie du complot » est en somme pernicieuse parce qu’elle dramatise, voire criminalise le cours ordinaire de la relation d’information, et du même coup le décrédibilise, comme on le voit avec notre philosophe. Car elle postule en retour implicitement son contraire : « la croyance en la transparence ». L’information serait, paraît-il, facilement accessible aujourd’hui. Les performances technologiques accroissent cette illusion : on vivrait dans une maison de verre au su et au vu de tous. Est-il chimère plus dangereuse ? Notre philosophe a l’air d’y croire en tout cas en opposant improprement le terme moral de « vérité » à celui de « mensonge » : « toute vérité officielle, fût-elle inscrite dans les livres d’histoire, n’est que mensonge », écrit-il pour stigmatiser ce doute radical qui lui est insupportable.

Car on ne peut réfléchir sur l’information avec ces mots de « vérité » et de « mensonge » qui portent en eux-mêmes un jugement moral dès qu’on les prononce. Une maxime prêtée à Churchill aide à le comprendre : « En temps de guerre, aurait-il dit, la vérité est si précieuse qu’elle devrait être toujours protégée par un rempart de mensonges ». On voit bien qu’ici le mot « mensonge » reçoit une valeur positive qu’on ne lui donne pas spontanément, puisque son usage, en l’espèce, conditionne la réussite d’une stratégie face à l’ennemi qu’on égare, et que, partant, il protège la vie d’une nation.

Or, cette maxime ne s’appliquerait-elle qu’en temps de guerre ? Même par temps de paix, les individus et les groupes s’affrontent plus ou moins pacifiquement et la condition première du succès est la maîtrise de la représentation de la réalité qu’on impose à l’adversaire pour le surprendre et pousser son avantage : c’est le rôle non des mensonges, mais des « leurres », terme de pêche préférable qui a l’avantage de n’être pas moralement parasité.
De deux choses l’une, ou notre philosophe pèche par ignorance ou ses cris d’orfraie entrent dans une stratégie dont il faudrait alors rechercher les objectifs.

Le discrédit de l’information officielle

Il est curieux, du reste, qu’il ne se soit pas interrogé sur la raison du discrédit qui frappe à ce point l’information officielle. « (...) Cette façon de raisonner faux, s’insurge-t-il, conduisant à tenir pour vérité le contraire de la vérité dès lors que celle-ci est officielle, ne laisse pas d’inquiéter.  » Mais à qui la faute ? L’Histoire présente et ancienne n’est-elle pas un tissu de leurres dont les pouvoirs n’ont cessé d’abreuver les peuples pour conduire leur politique ? À leur décharge, peuvent-ils faire autrement ? Qui ne sut dissimuler ne sut jamais régner. La politique, selon le proverbe latin, serait l’art même de la dissimulation.

Les princes lancent tantôt de purs bobards. La prétendue mort de prématurés arrachés à leurs couveuses au Koweït par la soldatesque ennemie vise en 1990 à intéresser le peuple indigné à une intervention militaire ; ou encore un arsenal d’armes de destruction massive est imputé à l’ennemi en 2003 pour justifier une entrée en guerre. En France, a-t-on oublié « l’affaire des Irlandais de Vincennes » bientôt suivie de « celle des écoutes téléphoniques de l’Élysée » ? (2)

Tantôt les gouvernants livrent de la réalité la représentation la plus favorable à leurs intérêts. « La parole, aurait dit Talleyrand, a été donnée à l’homme pour qu’il déguise sa pensée ». De « frappes chirurgicales » en « dommages collatéraux » ou de « solution finale » en « faisabilité politique de l’ajustement », qui comprend ce qui se cache sous ces termes rassurants ou anodins ? Peut-on se douter qu’ici on parle de bombardements imprécis qui ont frappé des civils, là, de l’extermination de tout un peuple ou, encore, de la casse méthodique du service public en veillant à éviter les révoltes populaires ? N’en déplaise à notre philosophe, « la vérité officielle inscrite dans les livres d’Histoire » ne peut pas davantage être reçue comme parole d’Évangile. L’Histoire est le plus souvent écrite par les puissants et leurs scribes. On n’aurait jamais cru devoir le lui apprendre.

Mais son coup de sang n’aura pas été inutile si on a réussi à sauver le bébé de la vidange intempestive du philosophe. Le concept de « théorie du complot », contre lequel il est parti en guerre, n’est au mieux qu’un de ces leurres qui visent - encore un complot ? - à inculquer des représentations erronées par le jeu de couples diaboliques de mots dont l’un n’est pas forcément explicité. Ainsi oppose-t-on « désinformation » à « information » comme « mensonge  » à « vérité  », alors que l’on sait pertinemment qu’une information ne peut être la vérité, mais n’est tout au plus qu’une représentation plus ou moins fidèle de la réalité gardée secrète, donnée volontairement ou extorquée. Il en est de même de la distinction entre « journal d’information » et « journal d’opinion » ou entre « information » et « commentaire » : de cette confrontation, dans les deux cas, on attend que l’information, telle Vénus née des eaux, ressorte nue et pure de toute pollution d’opinion, alors que c’est rigoureusement impossible. Il en est de même avec « la théorie du complot » qui postule son contraire chimérique, « la théorie de la transparence » et qui n’a d’autre consistance que celle d’un leurre pour faire baisser la garde du doute méthodique, si l’on n’y prend pas garde. Paul Villach

(1) Le Monde

(2) "Une dignité cher payée : "L’affaire des Irlandais de Vincennes - 1982-2008 - ou l’honneur d’un gendarme"


DROIT DE REPONSE DE MR MANSOURI (Editions Demie-Lune)

Je me réjouis de lire cet article, car j’avais pour ma part rédigé cette réponse, envoyée au Monde, dans lequel elle a bien peu de chance d’apparaître... Bravo AgoraVox, espace citoyen de critique et de dialogue...

 

Bien que non nommément mis en cause, M. Arno Mansouri répond, en tant que directeur des Éditions Demi-Lune à M. Robert Redeker, philosophe, au sujet de sa tribune sur les « théories du complot » (du 11 Septembre) parue dans le journal Le Monde daté du 29 mars 2008.


 

Robert Redeker, dans Le Monde : l’effroyable légèreté de la paresse intellectuelle

 

D’emblée, on saura gré à M. Redeker, philosophe ayant accédé au rang de « pipole » suite à une virulente diatribe islamophobe parue dans Le Figaro, de ne pas avoir déformé les propos de Mlle Cotillard. Cette manière de procéder le place quelques centimètres au-dessus de la presse de caniveau (le lecteur aura reconnu le site Marianne2.fr) qui non contente de ressortir opportunément les courts propos que la jeune actrice avait tenus un an auparavant au cours d’une longue interview, les manipulent sans vergogne. Ainsi, il est utile de rappeler que contrairement à ce qu’affirmait le chapeau de l’article commis par Mme Bénédicte Charles, Mlle Cotillard ne remettait bien évidemment pas en cause la réalité même des terribles attentats du 11 Septembre, mais uniquement les comptes-rendus de la Maison-Blanche et du Pentagone qui par la suite sont devenus vérité officielle, médiatique, consensuelle, inamovible. Une sorte de nouvel évangile qui voue au ban tous ceux qui, hérétiques, osent remettre tout ou partie du mythe en question. En cela, le moins que l’on puisse dire, c’est que cette jeune femme n’est pas seule avec M. Thierry Meyssan à partager une telle opinion: dans notre pays, comme en Europe, ou aux États-Unis mêmes, (sans parler des pays « du Sud » dont l’opinion ne compte pas pour le microcosme politico-médiatique hexagonal), les gens qui doutent sont légions… et ils sont de plus en plus nombreux. Nous appellerons « sceptiques » l’ensemble de cette multitudes de citoyens qui remettent en cause le bien-fondé du mythe fondateur de la croisade contre le Mal (aussi connue sous l’appellation plus politiquement correcte de « guerre contre la Terreur » ou « choc des civilisations »), j’ai nommé le 11 Septembre.

 

De l’ignorance du locuteur…

 

Qui sont ces âmes égarées ? Ces pauvres hères qui refusent ce que les médias dans leur immense majorité nous serinent depuis plus de 6 ans (car oui, j’avoue avec fierté que l’on peut me compter parmi ces « diables » !) En fait, préférant évoquer des « opinions répandues », M. Redeker n’en parle pas. Pas plus qu’il ne cite les sources sur lesquelles se basent ces « opinions » ou les arguments qui les ont fait chavirer dans l’obscurantisme révisionniste… Pas un mot sur les chefs d’État en fonction ou non, les personnalités politiques états-uniennes ou autres, les experts en tout genre (anciens des services de renseignement, militaires à la retraite ou en exercice, pilotes, ingénieurs, professeurs, etc) qui partagent les « opinions » (de cette plèbe ignare… il va sans dire).

 

Faut-il y voir une tentative d’occulter la réalité ? Sans doute pas, et cette même réalité est sans doute bien plus navrante ; je serais tenté pour ma part de penser que M. Redeker n’a jamais pris la peine de regarder l’un quelconque des nombreux documentaires états-uniens auxquels Mlle Cotillard faisait référence, ni de lire le moindre livre paru sur le sujet. En cela, il est le produit d’un mode de fonctionnement mental aussi ancien que l’humanité, qui fait fi des éléments pertinents sinon irréfutables mis en avant par son contradicteur, pour promouvoir une thèse qui lui semble plus vraisemblable, même si celle-ci repose sur un empilement de faits qui ne peuvent matériellement et physiquement pas être ! Pour plus de détails sur de telles impossibilités physiques et matérielles en regard de l’effondrement des 3 tours du World Trade Center par exemple, le lecteur se reportera utilement à la lecture du Procès du 11 Septembre de Victor Thorn, avec une postface de David Ray Griffin.

 

à son manque de curiosité intellectuelle…

 

De fait, concernant les « quelques détails insignifiants » dont parle elliptiquement M. Redeker, on aurait peine à tous les lister: la plupart de ces faits invraisemblables et pourtant avérés sont explicités avec force détails, précisions et moult notes dans les 9 ouvrages consacrés au sujet et parus dans la collection Résistances… dont le lecteur non connecté à l’Internet ne peut avoir eu connaissance tant est puissante l’omerta médiatique sur le sujet. Sur le terrorisme en général et le 11 Septembre en particulier, les informations alternatives à la version gouvernementale existent et ne sont nullement l’apanage d’une communauté de « narcisses jouissants d’une quelconque ivresse ». L’effroyable possibilité de la participation d’une infime partie de l’appareil d’État américain dans les attentats terroristes du 11/9, que ce soit par le biais (plus que probable au regard de la connaissance préalable qu’en avaient les hauts responsables de l’administration Bush) d’un laisser-faire délibéré (donc criminel), ou plus vertigineux encore par celui d’un déclenchement délibéré, cette possibilité même n’a vraiment rien de réjouissant ! Il faut être bien stupide pour ne pas le comprendre: pour ma part, je préférais le temps où, comme M. Redeker, je ne m’étais pas penché sur le sujet en profondeur. Certes, il faut faire l’effort de les chercher (comme toute information qui ne relève pas de la simple bouillie consensuelle) mais jamais il n’a été plus simple et rapide de se confronter à la réalité des faits: à ceux qui lisent l’anglais couramment, je recommande la consultation du site de Paul Thompson, The Complete 9/11 Timeline (la chronologie complète du 11/9, dont j’ai entrepris la traduction en français) ; aux autres, je ne peux que conseiller de se procurer le DVD du film 911 Press for Truth (En quête de vérité) qui se base sur ce remarquable travail d’investigation. Lequel, cela fera plaisir aux journalistes, ne se base que sur des articles, reportages et travaux parus, émis et diffusés sur des médias grand public. Il s’agit là d’un premier pas vers une vérité historique, celle par exemple de la création de la Commission d’enquête, qu’ont oubliée les néo-conservateurs français, ces sinistres va-t-en-guerre qui, après s’être réjouis de la guerre contre l’Irak, voudraient que la France s’implique militairement en Afghanistan (M. Sarkozy est en passe de les satisfaire), au Darfour, en Iran… et pourquoi pas demain au Tibet ! Nul « révisionnisme conspirationniste » donc, juste des faits. C’est un fait par exemple que l’anthrax utilisé au lendemain du 11/9 contre 2 sénateurs opposés au PATRIOT ACT et diverses rédactions ne provenait pas d’un laboratoire afghan ou irakien/iranien… mais selon toute vraisemblance d’un laboratoire du complexe militaire de Fort Detrick. L’investigation toujours en cours du FBI confirme les mises en garde du professeur Francis A. Boyle émises très rapidement après les examens des spores, et qu’il détaille dans son ouvrage Guerre Biologique et Terrorisme.

 

M. Redeker est également le produit d’une époque qui veut que nos médias ne prennent plus le temps de traiter quelque sujet que ce soit autrement que selon un schéma simplificateur à l’extrême, dont la présentation ne peut relever que de la dichotomie de deux entités diamétralement opposées, organiquement incompatibles: le Bien et le Mal, nous et eux, l’Occident et les fanatiques, le monde libre et les terroristes (synonyme de terrorisme: al-Qaida), les athées laïcs et les fanatiques religieux, les Israéliens et les Palestiniens, victimes et coupables…

 

… au choix et à l’usage des mots

 

En conformité avec la pensée dominante, lorsqu’il s’agit de traiter d’une importante question de société, M. Redeker, à l’instar de ce qui nous tient lieu d’élite intellectuelle médiatique, préfère avoir recours aux techniques bien connues de l’amalgame et à la rhétorique du néant. Mieux vaut agiter l’épouvantail du danger sectaire: son utilisation des mots « ivresse », « délirante », « fantasme », « dément », « adepte »… pour qualifier les sceptiques commence à nous être totalement familière. C’est une habitude. Si nous est épargné le qualificatif d’anti-américanisme (par essence primaire), c’est sans doute plus un oubli de sa part que la reconnaissance que les documents sur lesquels se fondent les sceptiques sont très majoritairement d’origine états-unienne ou anglo-saxonne.

 

En revanche, l’addition presque éculée mais encore si puissante, du spectre du « révisionnisme », surtout adossé au « négationnisme » (toujours effrayant car fortement connoté à la négation de la Shoah) et mâtiné de l’argument final, le fameux « anti-sémitisme » de la « bête » pour aussi abjecte qu’elle soit fonctionne encore, car elle utilise les réflexes du rejet émotionnel d’une majorité de la population. Pour qui n’a jamais discuté face à face avec un sceptique de la version officielle du 11/9, ou lu l’un des livres que j’ai édités, c’est-à-dire n’importe quel journaliste, l’affaire est entendue ! J’imagine aisément que le message est fortement ancré: (je) nous ne sommes pas des individus fréquentables à qui il convient de tendre un micro et de servir de porte-voix. Le problème de ces affirmations est qu’elles ne reposent sur rien d’autre qu’un… fantasme ! Passons sur le cynisme de telles insinuations de la part d’un individu qui s’est fait une gloire de souiller l’image d’un homme (le Prophète) dont la sainteté est, à tort ou à raison, une évidence pour plus d’un milliard d’êtres humains… Il ne sera guère utile de m’appesantir sur l’évidence que si mes livres (ou le site ReOpen911.info) faisaient étalage du moindre propos antisémite, il y a longtemps que ces livres ou ce site auraient été attaqués en justice, avec raison, et que nous eussions été condamnés. Les propos de M. Redeker, assez évasifs pour lui éviter la diffamation, assez pernicieux pour nuire aux yeux de qui ne veut pas réfléchir à leur portée, illustrent bien qu’il vit dans une société permissive (ne lui en déplaise) où l’on peut affirmer n’importe quoi, du moment qu’on l’écrit dans Le Monde.


Article du monde:

Marion Cotillard et les complots, par Robert Redeker

A 9 heures par e-mail, recevez les titres du journal à paraître l'après-midi.

Laisser les propos Marion Cotillard à leur insondable sottise serait une erreur. En mettant en doute la version officielle des attentats du 11 septembre 2001 contre les Twin Towers de New York (Le Monde du 5 mars), l'actrice a en effet offert un puissant amplificateur à "la théorie du complot". Ces divagations ne relèvent pas d'un éclair d'imagination délirante, mais d'opinions répandues. Il importe donc de les analyser.

 

L'autodésignée "théorie du complot" se ramène à la vision délirante selon laquelle la réalité, jusque dans ses détails, fait l'objet d'une manipulation occulte dont la vérité est masquée à l'humanité. Ce conspirationnisme se développe à partir d'un usage dément du principe du doute. Il prend la forme d'une croyance affirmant qu'on ne doit rien croire de ce qui nous est dit et pose l'incroyance radicale en toute vérité établie comme norme.

 

En apparence, il s'agit d'une négation généralisée : nier par principe toute vérité attestée par des procédures reconnues et diffusée par les canaux habituels. En réalité cette négation masque une double affirmation : d'une part, toute vérité officielle, fût-elle inscrite dans les livres d'histoire, n'est que mensonge ; d'autre part, la vérité cachée est le contraire de ce qu'on nous dit. On nous dit que Coluche est mort d'un accident, le vrai est qu'il a été assassiné ! On nous dit qu'Al-Qaida a commis les attentats du 11-Septembre, le vrai est que ce sont les Américains qui en sont les auteurs ! On nous dit que l'homme a marché sur la Lune ? Mensonge ! La preuve ? Cette fable profite aux Américains ! La dialectique conspirationniste postule que la vérité est l'exact contraire de la vérité affirmée et attestée. Cette dialectique ne s'alimente que de quelques détails insignifiants mis en exergue au titre de preuves.

Rien de plus dangereux que ce tour d'esprit ! On y reconnaît la logique négationniste. Le succès dans les masses de cette façon de raisonner faux, conduisant à tenir pour vérité le contraire de la vérité dès lors que celle-ci est officielle, ne laisse pas d'inquiéter - c'est ainsi qu'argumentent les négationnistes, ces autres faussaires de l'histoire.

On devine les avantages narcissiques de la croyance dans cette théorie : son adepte s'épanouit dans le sentiment de détenir un secret d'une extrême importance. Il jouit d'en savoir plus que les plus grands savants. Il n'a pas eu à produire d'efforts pour s'élever au-dessus des sommités, il lui a suffi d'appliquer une disposition d'esprit : le rejet de toute vérité affirmée officiellement. Dans cette négation triomphe le ressentiment contre les élites de la connaissance et se déploie une figure contemporaine de l'anti-intellectualisme. Plus gratifiant encore : l'adepte de cette théorie éprouve l'ivresse d'avoir réussi à déjouer un piège collectif, dans lequel l'humanité ordinaire tombe. Il se découvre plus malin que le conspirateur qui, sous des guises diverses, trompe l'humanité depuis des siècles !

La "théorie du complot" ne vit que d'un fantasme : la manipulation occulte. Cette obsession croît exponentiellement : plus la vérité est importante, plus elle est cachée et plus complexes en sont les manipulations. D'où Dan Brown et son Da Vinci Code : l'Eglise s'est constituée pour cacher la vérité sur le Christ. Le conspirationnisme a sa méthode : pour trouver la vérité cachée, il faut croire le contraire de ce qui est officiel. Il n'y a pas de preuves ! C'est qu'elles ont été dissimulées par les conspirateurs ! L'absence de preuves manifestes constitue un argument en faveur de la conspiration.

Cette théorie dénonce aussi les manipulateurs. Pour Dan Brown, c'est l'Eglise qui tient ce rôle. Généralement ce sont les juifs. La négation du caractère terroriste des événements du 11-Septembre voit les juifs (appelés américano-sionistes) derrière la manipulation. Nier l'événement du 11-Septembre, c'est affirmer la culpabilité américano-sioniste. Avec des variantes connues - la banque, l'argent apatride -, ces métaphores du juif. Les versions contemporaines de la "théorie du complot" se coulent dans une matrice : Les Protocoles des sages de Sion.

La théorie du complot est un ersatz des grands récits concernant le destin de l'humanité. Contre-grand récit, elle est une storytelling. Pouffer de rire devant son énonciation reste trop court. Sa parenté avec Les Protocoles des sages de Sion, son identité de structure intellectuelle avec la logique négationniste incitent à la méfiance : la théorie du complot est l'un des viscères réparés, renouvelés, du ventre d'où est sortie jadis la bête.



Par Olivier Renouard - Publié dans : Le 11 Septembre 2001
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Mercredi 12 mars 2008

Du continent américain à l'Inde en passant par l'Europe, une enquête magistrale et alarmante sur la multinationale américaine qui commercialise 90 % des OGM dans le monde.

La société Monsanto, multinationale américaine née en 1901 à Saint Louis, dans le Missouri, et d'abord spécialisée dans l'industrie chimique, est devenue en un peu plus d'un siècle le leader mondial des biotechnologies, en particulier sur le marché des organismes génétiquement modifiés (OGM). Elle détient les brevets de 90 % du maïs, du soja, du colza ou du coton transgéniques cultivés dans le monde. Par le biais de rachats successifs, elle est en train de devenir le premier semencier de la planète et, à terme, c'est la chaîne alimentaire tout entière qu'elle pourrait contrôler. Mais c'est d'abord avec le Round Up, son herbicide "total" (longtemps estampillé "biodégradable") qu'elle a commencé, à partir de 1974, à conquérir le monde. On lui doit aussi des produits aussi variés que le terrible agent Orange, massivement déversé sur le Viêt-nam par l'armée américaine, les PCB (pyralène en France, interdit au début des années 80), l'aspartame ou les hormones de croissance (interdites en Europe et au Canada). Monsanto, avertit Marie-Monique Robin, est l'une des entreprises "les plus controversées de l'ère industrielle".
"Nourriture, santé, espoir" : sur son site, la firme de Saint Louis promet une agriculture durable, aux rendements supérieurs, respectueuse de l'environnement. Journaliste d'investigation chevronnée, couronnée du Prix Albert-Londres en 1995, la réalisatrice a décidé de juger sur pièce, y compris en explorant le passé de l'entreprise...


Lien vers la rediffusion Arte: http://plus7.arte.tv/fr/detailPage/1697660,CmC=1940000,scheduleId=1933560.html

Monsanto, multinationale américaine née en 1901 à Saint-Louis (Missouri, Etats-Unis), initialement spécialisée dans l’industrie chimique, est devenue en un peu plus d’un siècle le leader mondial des biotechnologies, en particulier sur le marché des organismes génétiquement modifiés. Sur le site de la firme Monsanto, le slogan "Nourriture, santé, espoir" promet une agriculture durable, aux rendements supérieurs, respectueuse de l’environnement. Journaliste d’investigation chevronnée, couronnée du prix Albert-Londres en 1995, Marie-Monique Robin a décidé de juger sur pièces en dirigeant sa propre enquête et en explorant le passé de l’entreprise, ce qui l’a menée en Europe, en Asie et en Amérique. Annales d’une enquête passionnante, qui a abouti à la publication d’un ouvrage à paraître le 6 mars 2008 (Le Monde selon Monsanto. De la dioxine aux OGM, une multinationale qui vous veut du bien. Coédition Arte éditions/La Découverte), ainsi qu’à la production du documentaire "Le Monde selon Monsanto" qui sera diffusé ce mardi 11 mars 2008 à 21 heures sur la chaîne Arte (http://www.arte.tv/fr/connaissance-decouverte/Le-monde-selon-Monsanto/1912794.html À ne rater sous aucun prétexte si vous voulez en savoir plus !

(Extrait du site Arte) "Avec 17 500 salariés, un chiffre d’affaires de 7,5 milliards de dollars en 2006 et une implantation dans quarante-six pays, Monsanto représente le leader mondial des OGM, mais aussi l’une des entreprises les plus controversées de l’histoire industrielle. Production de PCB (polychlorobiphényles, vendus en France sous le nom de pyralène), de polystyrène, d’herbicides dévastateurs (comme l’agent orange pendant la guerre du Vietnam) ou d’hormones de croissance bovine et laitière (interdites en Europe) : depuis sa création, en 1901, la firme a accumulé les procès en raison de la toxicité de ses produits. Pourtant, aujourd’hui, Monsanto se présente comme une entreprise des ’sciences de la vie’, récemment convertie aux vertus du développement durable. Grâce à la commercialisation de semences transgéniques, conçues notamment pour résister aux épandages de Roundup, l’herbicide le plus vendu au monde, elle prétend vouloir faire reculer les limites des écosystèmes pour le bien de l’humanité.

Qu’en est-il exactement ? Quels sont les objectifs de cette entreprise, qui, après avoir longtemps négligé les impacts écologiques et humains de ses activités, s’intéresse tout à coup au problème de la faim dans le monde au point de se donner des allures d’organisation humanitaire ?"

L’enquête approfondie de Marie-Monique Robin fait surgir des problématiques qui dépassent de loin la simple question des OGM. Notons au passage que cette question est en réalité particulièrement complexe et déclenche, du côté des pro comme du côté des anti-OGM, de vives polémiques partisanes où s’entremêlent convictions personnelles, conflits d’intérêts économiques et politiques, et interprétations parfois tendancieuses des différentes études scientifiques qui ont pu être menées sur le sujet.

L’une des questions de fond soulevées par cette enquête s’adresse à la définition de la limite qui sépare le pouvoir économique, le pouvoir politique et le discours scientifique. En effet les investigations menées par Marie-Monique Robin amènent de sérieux éléments concrets qui confirment que le discours scientifique n’est pas toujours aussi objectif qu’il devrait l’être dans un monde idéal, et qu’il est malheureusement parfois nuancé voire déformé en fonction d’impératifs politiques et économiques. L’existence de ces regrettables influences est toutefois loin d’être une découverte, comme le montre par exemple l’historique des différentes études scientifiques menées sur les effets du tabac sur la santé, qui ont souvent été entravées par une subjectivité plus économique que scientifique.

Cette enquête soulève également la question de la manipulation et de la rétention de l’information au sein des entreprises en général, et des grandes multinationales en particulier. Le décalage est parfois immense entre les informations qui naviguent en circuit fermé dans l’entreprise et celles qui sont communiquées au grand public. Il peut arriver que l’entreprise se retrouve face un dilemme, avec d’un côté la perspective de livrer des informations qui pourraient gravement compromettre sa pérennité économique, et de l’autre la possibilité de cacher ces informations tout en mettant gravement en danger la santé des personnes qui utilisent quotidiennement les produits de l’entreprise. Et l’exemple de l’industrie du tabac aussi bien que celui détaillé dans l’enquête de Marie-Monique Robin montrent que la compartimentation de l’information est dans certains cas entièrement volontaire, l’entreprise faisant délibérément le choix de ne pas informer ou même de mésinformer ses clients quant aux dangers qu’ils encourent en utilisant ses produits.

En tant que consommateurs, tous autant que nous sommes, il est donc de notre devoir de conserver un regard critique et d’aller soigneusement chercher les informations sur les produits alimentaires et non alimentaires que nous utilisons dans notre vie de tous les jours. La réalité est souvent légèrement différente de la représentation que nous en avons, et par moments elle peut même se révéler radicalement opposée, pour le meilleur et pour le pire.


Par Olivier Renouard - Publié dans : Cercle des puissants
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Samedi 8 mars 2008

Ah, elle est bonne celle-là: le gouvernement américain vient de découvrir subitement un des plus gros trafiquants d’armes de la planète! Ce qui tombe encore mieux, c’est que l’homme aurait "évidemment" vendu des armes... non, ne cherchez pas, c’est OBLIGATOIREMENT aux Farc! Après les ordinateurs contenant les mails sulfureux tombés du ciel et l’annonce de la création d’une bombe sale en pleine jungle, on se demandait ce que l’équipe de W. Bush irait nous trouver pour masquer son implication évidente, démontée ici-même, dans l’opération militaire tenue sur le territoire de l’Equateur et qui s’est soldée par la mort du numéro 2 des Farc. Eh bien c’est fait, et c’est... grandiose, comme explication!




Excellente nouvelle, se dit-on, au départ, l’arrestation d’un trafiquant de cette taille, recherché par Interpol depuis des années... Certes. A part que des armes, notre homme en a vendu à beaucoup d’autres, et ses avions transporté encore plus... notamment en Irak, direction... Halliburton. Pressée de trouver un paravent à ses actions délictueuses, le gouvernement américain vient de se tirer une balle dans le pied : l’homme est certes un trafiquant, mais il a essentiellement trafiqué ses dernières années.... pour les Américains ! On ne sait quel idiot a pu souffler à l’équipe Bush de vouloir jeter en prison celui qui alimente depuis des années le circuit des armes vers l’Irak. A moins de vouloir le protéger de la quête des sénateurs démocrates, qui souhaitent faire la lumière sur certaines transactions. Ou de l’arrêter façon Lee Harvey Oswald (pour le descendre trois jours après), on ne voit pas quelle mouche a pu piquer un gouvernement qui s’est largement servi des Antonov de Bout pour acheminer des AK-47 saisis au Kosovo durant la guerre des Balkans, pour les revendre sur les marchés de Bagdad. Viktor Bout, c’est un peu beaucoup le héros du film Lord of Wars interprété par Nicolas Cage, dans lequel d’ailleurs figure un bel Antonov 12... loué par la production du film à... Viktor Bout !!! Aurait-on ce soir confondu à ce point film et réalité ? Encore un peu, et W. Bush nous aurait dit ce soir que c’était Nicolas Cage qui avait vendu des armes au Farc !!!

Bout est un trafiquant connu. J’avais déjà signalé ici même le rôle du personnage dans un long article sur les trafics d’armes en Irak. Pour une fois, on va donc faire dans l’auto-citation :
...."Pour livrer le tout, on fait appel aux ’Antonov de la mort’, le surnom d’une compagnie très spéciale, Aerocom, détenue par un personnage incroyable, Viktor Bout, fiché à Interpol. Dans le monde, quand un Antonov 8, 12, 24, 26, 30 où 32 s’écrase, c’est-à-dire relativement souvent, étant donné le peu de maintenance qui prévaut chez Aerocom, une chance sur deux pour qu’il appartienne à la... Moldavie, pays d’origine de la société. Non, nous ne sommes pas dans Le Sceptre d’Ottokhar d’Hergé. L’homme est de tous les trafics d’armes à travers le monde. Ce sont ses avions qui ont fourni les premiers lots de AK-47, prélevés sur le stock de prise d’armes de la guerre des Balkans. On dénombre 350 000 armes de ce type qui ont transité par cette voie aérienne. Des prises de guerre... revendues au tarif fort, avec l’assentiment de l’Otan, qui a laissé circuler librement les avions de Bout. Ces derniers, en 2002, avaient exporté des AK-47 de la Serbie vers le Nigeria de la même manière".

En 2003 encore, en effet, les fameux Antonov de Bout ont effectué 190 rotations en Irak. A partir bel et bien d’aéroports contrôlés par l’armée américaine. Tout est consigné dans un document, disponible ici. On y apprend que la société Phoenix Aviation se chargeait des transports d’armes à bord d’Ilyushin 18 et de quelques Boeing 737, immatriculés cette fois aux Emirats arabes unis. Une autre firme, Mega Airlines, immatriculée au Kazakhstan et dotée de 3 Boeing 727 et de 4 Ilyushin IL-18 a également servi aux transferts. Mega Airlines provient de la société Trans Aviation Global Group et de Air Bas, deux anciennes compagnies de Bout, appelée aussi parfois Irbis, qui détient un vieil Antonov 12 qui a pas mal sillonné le monde pour un avion cargo. Enregistré sous le nom de Trans Air Congo à Kinshasa, il provenait de Dolphin, encore une autre société écran de Viktor Bout. Immatriculé A6-ZYB, il est devenu 9L-LEC chez une firme nommée Skylink/Aerolink... on le retrouvera en Irak également, avant qu’il ne se crashe au Congo. Les avions de Viktor changent régulièrement d’affectation et d’immatriculation, meilleur moyen de brouiller les pistes pour ceux qui veulent prouver leur utilisation délictueuse.

Une autre société, AirCess, est également répertoriée comme appartenant à Bout : c’est elle qui détient aujourd’hui les très beaux Ilyushin IL-18 gris, blancs et bleus vus plusieurs fois au...Tchad ! Les nombreuses rotations de AirCess en Irak finiront par remonter jusqu’aux oreilles d’un sénateur démocrate du Wisconsin, Russell D. Feingold qui demande en mai 2004 au secrétaire de la Défense Paul D. Wolfowitz quelques explications. Sa réponse fut maladroite et évasive : "A State official acknowledged to Feingold in a letter two weeks later that the department had "inadvertently" contracted with "air charter services believed to be connected with V.Bout.". En résumé, on a bien utilisé les services de M. Bout, mais c’est par "inadvertance" : dans un milieu ou le moindre objet volant a une immatriculation, un engin de 64 tonnes comme un Ilyushin IL-18 ne peut passer inaperçu : laisser entendre que son usage est une simple erreur est ridicule. Pressé d’autres questions, Wolfowiz finira quand même, en novembre 2004 seulement, par répondre au sénateur trop curieux que c’était du "domaine classé"... avouant par la même occasion que les Américains utilisaient bien les services de Viktor Bout !

L’homme qui effectuait des livraisons d’armes aux soldats américains en Irak en 2004 et 2005 pouvait alors se prévaloir d’une double personnalité, ou d’une faculté incroyable à se refaire une virginité commerciale plus rapidement qu’un tenancier de casino corse. Trois ans avant, en effet , voilà comment on le décrivait dans le journal Le Monde, le 26 mars 2002 :

"Il aurait été le principal fournisseur des talibans et du réseau d’Al-Qaïda, l’homme-clé de leur logistique aérienne. Selon les services de renseignement américains et britanniques, il a livré à Kaboul des armes, voire des ’gaz toxiques’, jusqu’à la veille du 11-Septembre. On le croirait donc aux abois, pourchassé, en ces temps de guerre mondiale antiterroriste. Il n’en est rien. Recherché depuis la mi-février par Interpol, à la demande de la justice belge, Victor Bout s’est lui-même signalé à Moscou où, apparemment, il ne risque rien. Le ’transporteur d’Oussama Ben Laden’ a ainsi voulu provoquer une contre-enquête dont il serait à la fois l’initiateur et l’objet. L’homme de l’ombre cherche la lumière médiatique."

L’homme qui aurait donc fourni en armes Ben Laden et même en "gaz toxiques" (on en est encore à cette époque à la recherche des armes de destruction massives qu’aurait détenu Saddam Hussein) serait devenu en à peine trois ans le fournisseur attitré de la police irakienne et donc des Américains ? Ça paraît assez incroyable, et pourtant c’est le cas ! L’homme que Peter Hain, secrétaire d’Etat britannique aux Affaires européennes, décrivait comme celui qui "fournit des forces rebelles ou terroristes en armes, en échange de diamants". Et qui "a aussi été le pourvoyeur des talibans et d’Al-Qaïda" serait devenu fréquentable au point de se poser tous les deux jours sur les aéroports irakiens contrôlés par l’armée américaine ? Eh bien oui, Viktor Anatolievitch Bout, trafiquant international né au Tadjikistan, et ancien officier de l’armée de l’air soviétique a travaillé sur le sol irakien alors qu’il faisait l’objet d’une sanction du Trésor américain et d’un gel de ses avoirs dans le pays  ! Il avait vendu des armes à l’ex-rebelle libérien, Charles Taylor, aidant ce dernier dans sa prise de pouvoir par les armes dans les années 1990 et se faisant ainsi le complice des crimes contre l’humanité au Libéria et au Sierra Léone, et violant l’embargo sur le Libéria.

Et ce n’est pas tout : V. Bout est aussi dans le coup de l’Opération Turquoise, comme l’a révélé le toujours frétillant Bakchich. Le site n’y va pas par quatre chemins : ce n’étaient pas des Transall... mais bien des Antonov qui ont servi pour transporter les armes et l’intendance française. Oui, ceux de ce bon Viktor : "l’histoire officielle, telle qu’elle a été racontée par une brochette de généraux devant la mission d’information de l’Assemblée nationale en 1998, omet certains détails de ce formidable transport de troupes. Pour expédier au plus vite sur le théâtre des opérations soldats, armes, hélices et véhicules de toutes sortes, sans oublier de gigantesques volumes de carburant, on ne s’est pas trop renseigné sur celui qui avait pu fournir les énormes cargos seuls capables de ce tour de force. Eh oui c’est un trafiquant d’armes." Au ministère de la Défense, on évoquera bien les noms des appareils "Pour la mise en place des forces de Turquoise, il a été fait appel à une centaine de rotations d’Antonov qui, à partir de cinq plates-formes en France, notamment Roissy, Nantes, Istres et Lyon, ont amené les personnels, les matériels et les ressources. " Mais surtout pas celui de l’affréteur principal, qui n’était autre que... l’indispensable Viktor Bout ! La France a soutenu le régime d’Habyariamana contre l’offensive du Front patriotique rwandais de Paul Kagamé de 1988 à 1994 notamment en envoyant officiellement un million d’euros d’armes en 1991, trois millions en 1992, et plus d’un million d’euros en 1993...

Rwanda, mais aussi Tchad et Congo. Aujourd’hui encore, au Congo, il en reste pas mal d’avions façon Bout. Des Antonov 24 appelés avions poubelles par certains. Un blogueur subtil (Arnaud Labrousse) résume ainsi leur provenance, celle signée Viktor Bout :

"Avec l’aide des mafias russe et ukrainienne, l’ex-barbouze mettait sa flotte d’avions, éparpillée à travers une vingtaine de sociétés-écrans, au service de quelques-unes des plus grandes associations de malfaiteurs de la planète : l’UNITA (pour ses diamants de sang), le gouvernement angolais (pour ses diamants de sang), les talibans (pour leur opium), l’Alliance du Nord (pour son opium), les milices Hutu du Kivu (pour leur coltan peut-être, ou leur café), Abu Sayyaf aux Philippines (sans doute pour le simple plaisir). En 2004, c’est la consécration : grâce aux recherches d’un jeune blogueur de gauche se voulant le ’Yorkshire Ranter’, le monde, feignant la surprise, apprend que Bout exécute aussi de sales besognes pour le Pentagone dans l’Irak nouveau". En y ajoutant une couche supplémentaire : "En mars 2005, une autre excroissance de Bout, Aérocom, aurait été utilisée par Aegis Defence Services, le groupe du célèbre mercenaire Tim Spicer (Papouasie-Nouvelle-Guinée, Sierra Leone) auquel les Américains de la zone verte ont cru bon de confier, pour 293 millions de dollars, un coquet contrat de protection et de renseignement (« situational awareness »), le projet « Matrix ». Et plus loin encore, notre excellent journaliste de trouver un autre usage à un Antonov 26 de Bout : "le 15 février 2002, un des Antonov 12BP de Tiramavia (ER-ADL) rate la piste de Roberts International Airport à Monrovia, tuant le copilote ukrainien. Les experts du Conseil de sécurité soupçonnent qu’il transportait des armes et des munitions. Un brin gaillards, ils ajoutent : ’Malgré le manque de coopération de la part des autorités libériennes, le panel a pu obtenir des plans de vol [...] et d’autres informations montrant que l’avion a quitté Brazzaville (République du Congo) pour N’Djamena (Tchad) pour récupérer un chargement de viande. Au Tchad, la viande n’a pas été chargée mais des boîtes rectangulaires en bois, étroitement empaquetées et affichant des sceaux diplomatiques tchadiens l’étaient’."

L’homme a donc rendu service à pas mal de régimes, et pas des plus reluisants. Il bénéficiait jusqu’ici pour ça d’une certaine immunité, y compris chez les Américains. Comme le note une thèse de Benjamin Valverde de l’université Paris I Panthéon-Sorbonne :

"il semble que face au bourbier irakien, l’armée américaine a recourt aux services de Viktor Bout, notamment en utilisant son éphémère compagnie aérienne, British Gulf, et ses équipages habitués à se poser dans n’importe quelle zone de guerre sans état d’âme, et assurer le transport de matériel pour le compte de l’armée américaine. Et si on abat un de leurs appareils, on ne risque pas de traîner les corps de pilotes américains dans les rues". Une aide bienvenue récompensée par une immunité totale : "ainsi, comme le révèlent le Financial Times et Le Monde du 19 mai 2004, les Britanniques, sous la pression américaine, ont supprimé le nom de Viktor Bout de leur liste parue en avril 93, alors que la liste française où figure encore le nom du courtier a été refusée".

Aujourd’hui, des avions signés Bout sont disséminés dans le monde entier, en réalité. Si vous habitez le Nord, comme pas mal de nos lecteurs assidus, il vous est possible d’aller contempler un des avions de Viktor Bout in situ. A Ostende, sur l’aéroport, dans un recoin de piste traîne un vieux DC-8 en piteux état. C’est le DC-8 de Silverback Cargo Freighters qui faisait partie d’un lot de deux appareils, achetés en 2001 aux Etats-Unis à un prix symbolique de 10 dollars chacun... En 2002, l’avion a transporté des armes, des AK-47 essentiellement, de Tirana en Albanie, et de Bosnie-Herzégovine via Belgrade jusqu’à... Kigali. 3 590 000 de cartouches de 7.62 mm pour AK-47 et 85 000 cartouches de 9 mm pour fusils mitrailleurs ont été également transportés à bord, en quatre voyages successifs. Le Rwanda a en effet acheté officiellement à la Bosnie-Herzégovine et aux forces de l’Otan, les dépôts de munition du pays, vente annulée quelques mois après... sous la pression internationale, mais avec quelques vols incontrôlés de faits. Selon Amnesty international, "une possible explication à tout ceci pourrait être que les Services de sécurité des Etats-Unis ont mené une opération secrète afin d’acheminer quand même les armes vers le Rwanda, en dépit des protestations de l’Union européenne." Bloqué par les autorités belges en représailles du maintien d’un Airbus Belge par les autorités rwandaises, l’appareil, mal entretenu et rapidement dégradé n’a jamais redécollé d’Ostende. Il y est toujours. L’avion était immatriculé chez International Air Services (parfois appelée aussi International Air Express), enregistré, au Liberia et basé à Ras-al-Khaimah aux Emirats arabes unis. Une autre société écran de Viktor Bout !

C’est donc cet homme-là dont on annonce aujourd’hui l’arrestation en Thaïlande et l’inculpation aux Etats-Unis. Celui qui a acheminé une grande partie des Kalachnikovs offertes à la police irakienne ou à d’autres, tels les milices sunnites enrôlées par les Américains à Bagdad. Il aurait aussi fourni des armes aux Farc. Peut-être bien : il doit bien y avoir eu un Antonov 12, ou deux, de Bout qui a dû atterrir à Bogota, ou parachuter des armes dans la jungle. Des Antonov, là-bas, il y en a plein. Des gros même parfois. Le hic, c’est que ceux qui l’en accusent aujourd’hui ont bénéficié il n’y a pas si longtemps encore de ses mêmes largesses. Pourquoi donc aujourd’hui chercher à l’emprisonner ? Pour le faire taire ou ne pas révéler au public américain qu’un trafiquant d’armes notoire a aidé les Américains en Irak et en Afghanistan ? Ce soir, on se perd en conjectures sur cette décision surprenante : Viktor aurait sans nul doute beaucoup de choses à raconter. Sur les Farc, certainement, mais pas seulement. Le laissera-t-on le faire ?

PS : précisions apportées ce soir par Le Monde : Selon des responsables de la DEA, des agents américains ont tendu un piège à Viktor Bout en se faisant passer pour des responsables des Farc à la recherche d’armes. "C’était un scénario suffisamment réaliste et crédible (...). Il croyait qu’il rencontrait vraiment des représentants des Farc pour mettre la dernière touche aux détails de la transaction", a déclaré un responsable de la DEA à l’AFP. Viktor n’avait donc pas nécessairement vendu d’armes à ce jour aux Farc... et le "piège" tendu à un ancien allié semble gros, très gros... des Américains, ce n’est pas la première fois qu’il en voyait !

http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=37097

 

Par Olivier Renouard - Publié dans : Cercle des puissants
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Mercredi 5 mars 2008

François Poirier révèle l’ambiguïté des liens entre la révolution et la monarchie, il pointe l’implication des Anglais dans la Seconde Guerre Mondiale qui n’a pas été héroïque pour tous et il évoque la violence de l’histoire ouvrière.

FRANCOIS POIRIER : EXTRAITS DE L'ENTRETIEN
 

© ARTE France

ARTE : D’où vous vient votre passion pour l’histoire sociale de l’Angleterre ?
François Poirier : J’ai une vocation d’historien frustrée par un professeur de Terminale. J’ai fait une formation angliciste pour pouvoir étudier l’histoire. Mon intérêt pour l’histoire sociale anglaise est d’ordre politique : j’étais agacé par la contradiction entre une représentation de l’histoire de l’Angleterre aristocratique, surannée, flegmatique et une réalité sociale qui était celle de la première révolution industrielle du monde. J’estimais qu’il était impossible de nier l’existence des ouvriers dans l’histoire anglaise.
 
Les Français et les Anglais ont-ils la même approche de l’histoire de l’Angleterre ?
Bien sûr que non. Par exemple, Dunkerque en 1940 est analysé en France comme le moment où les Anglais abandonnent les Français, et en Angleterre comme le moment où l’Unité Nationale se fait pour résister jusqu’au bout.
 
Existe-t-il dans la mémoire collective française des tabous sur l’histoire de l’Angleterre ?
Les étudiants pensent qu’il n’existe pas de Révolution en Angleterre, alors que la révolution anglaise du 17e siècle est à l’origine des Lumières. C’est révélateur de l’identité nationale française, qui s’octroie la propriété exclusive du label révolutionnaire.
 
Comment les Anglais ont-ils reçu un historien français faisant de l’histoire sociale ?
Comme quelqu’un qui apporte de l’eau à un moulin qui commence à tourner ! A la fin des années 1960, une dynamique historiographie ouvrière, à tendance marxiste, s’est mise en place et a été dominante jusqu’au début des années 1980. Pourtant l’Angleterre n’a jamais été proche dans sa masse des thèses marxistes !
 
Votre travail d’historien a-t-il été facilité par le fait que vous étiez français ?
Oui, car je n’étais pas directement impliqué dans les conséquences politiques de l’histoire de l’Angleterre. Par exemple, au début des années 1990, nous avons mené un travail sur la Seconde Guerre Mondiale en partant d’une nouvelle façon de poser la question de la guerre : si les Anglais étaient comme tout le monde, il n’y a pas de raison qu’ils aient été tous héroïques. Et nous avons mis à jour des comportements délictueux montrant que l’histoire de cette période était plus compliquée que ce n’était alors dit. Les conclusions de notre livre, publié en 1995, ont énormément choqué mes étudiants. Ils me renvoyaient ce discours : « Comment moi, qui avais supporté Vichy, j’osais dire des choses pareilles ? ». Alors que je suis né bien après quand-même…
 
1995, c’est la période d’ouverture des archives sur la Seconde Guerre Mondiale.
Oui. Les rapports des renseignements généraux ont d’ailleurs confirmé ce que nous venions de publier sur les comportements sous les bombardements (arrestations pour pillages, etc.). Nous avions trouvé nos informations dans des sources imprimées (journaux, faits divers, récits de témoins).
 
Vous avez été confronté à des problèmes de censure dans les archives britanniques ?

© ARTE France

Non. Quand des archives étaient fermées, les historiens pouvaient même demander une ouverture. Et depuis 2005, on assiste à une libéralisation complète puisque la législation donne le droit à tout citoyen de demander n’importe quelle archive de n’importe quelle date et administration. Mais il y a une impressionnante liste de clauses d’exemption : les autorités se donnent le droit de refuser l’accès à des documents liés à des thèmes précis (sur les différentes nations du Royaume Uni par exemple). Aujourd’hui c’est libéral, mais la législation laisse la possibilité d’une censure.
 
Vous avez des exemples de censure d’archives par l’Etat britannique ?
Jusqu’à la fin des années 1980, les archives concernant le communiste syndicaliste Tom Mann étaient fermées. Aujourd’hui la censure est absurde avec la mondialisation des moyens de communication. Au début des années 1990, les autorités ont interdit la vente d’un livre Spy Catcher, écrit par un ancien espion, qui révélait trop de détails sur les services d’espionnage. Le livre a été vendu aux feux rouges et a été un grand succès de vente !
 
Les Anglais déposent-ils leurs documents privés aux Archives Nationales ?
Depuis une vingtaine d’années, les incitations à déposer les archives se multiplient. Cette évolution est nourrie par le phénomène typiquement anglais de fibre généalogique.
 
L’histoire orale peut-elle permettre de lever des tabous ?
Elle peut lever des tabous, mais aussi en créer de nouveaux. Les témoins racontent toujours une histoire confortable, et en même temps une histoire informée par des choses qu’ils ont apprises depuis, qu’ils ne savent pas avoir apprises, et qui transforment leur regard sur ce qu’ils ont effectivement vécu. Donc il faut prendre énormément de précautions.
 
La modification de la vision sur la Seconde Guerre Mondiale dans les années 1990 est-elle liée à l’arrivée de nouveaux témoignages ?
Oui, les gens qui étaient enfants pendant la guerre racontent ce qu’ils ont vécu pendant cette période et c’est assez atroce. Un historien anglais disait qu’en 1945, l’Angleterre était « amoureuse d’elle-même », car l’ensemble de la population était satisfaite de cette période, mais pour les enfants, c’était un enfer : ils étaient ballottés, ignorés, maltraités.
 
Les années 1990 voient l’arrivée d’une analyse plus nuancée de la Seconde Guerre Mondiale. D’autres thèmes de l’histoire de l’Angleterre ont-ils subi également ce revirement d’une vision auto-satisfaite à une compréhension plus complexe ?

François Poirier
© ARTE France
François Poirier

Les Anglais ont vécu pendant longtemps avec l’idée d’une décolonisation britannique réussie, surtout si l’on compare avec l’Indochine et l’Algérie. Or on s’aperçoit que de nombreux problèmes créés ou laissés par la domination coloniale restent aujourd’hui encore difficiles à gérer. Le débat sur la période post-coloniale est très percutant également. A droite, des gens veulent relancer une histoire impérialiste satisfaite d’elle-même et donner une fierté de l’Angleterre conquérante aux écoliers. Un courant de gauche vise au contraire à montrer que la population immigrée en Angleterre est une réalité très ancienne, puisqu’elle est originaire essentiellement des anciennes colonies.
 
Existe-t-il des courants historiographiques spécifiquement anglais ?
Dans les années 1980, un courant historiographique a entièrement remis en cause une série de modèles qui dominaient la façon dont l’histoire anglaise était racontée. Ce courant a montré que la majorité de ce que les Anglais voyaient comme des traditions ou des rites inscrits dans l’histoire relevaient en fait d’une histoire très récente. Le kilt écossais, par exemple, est une invention anglaise de la fin du 18e siècle. Pourtant les Ecossais se sont appropriés le kilt comme un élément de leur identité nationale.
 
Reste-t-il des tabous dans l’histoire de l’Angleterre ?
La pression sociale entraîne l’absence de questionnement sur certains faits. Par exemple, les courants historiographiques français et anglais associent l’année 1898 et l’épisode de Fachoda à une grande crise liée à des menaces françaises, et à l’éventualité d’un déclenchement de guerre. [NDLR : Il s’agit des tensions en septembre 1898 à Fachoda, poste militaire du Sud de l’Egypte, convoité par les Français et les Britanniques pour sa situation stratégique dans les tentatives d’expansion coloniale des Français vers l’Est et des Britanniques du Caire au Cap. Les tensions seront résolues pacifiquement].
Or je découvre dans mes recherches dans les archives depuis deux ans qu’il n’a jamais été question de guerre et que les Anglais ont été tout aussi agressifs dans leurs discours que les Français. Une certaine tradition historiographique met l’accent sur la xénophobie française anti-anglaise, et je pense que cette analyse doit être changée.
 
Les archives des expéditions coloniales anglaises et françaises révèlent d’autres phénomènes de l’histoire coloniale comme celle du rapport à l’intime. Autant les Français sont très diserts sur leurs relations avec les femmes africaines, autant les Anglais sont discrets. En effet, la sexualité masculine hétérosexuelle est encore un fort tabou en Angleterre : comme si ça ne faisait pas partie des expéditions ! En fait, des courants proches des féministes ont permis de développer l’histoire de l’homosexualité de façon plus approfondie que celle de l’hétérosexualité (en particulier dans les colonies).
[NDLR – une hypothèse : l’homosexualité était analysable à partir d’archives variées, comme les rapports de police, les archives juridiques, les sources imprimées, la presse, car elle était autant du domaine de l’histoire personnelle que de celui de l’histoire politique et sociale. L’hétérosexualité est plus difficile à aborder, également à cause de la difficulté à trouver des sources : c’est plus diffus, intime et les Anglais ont peu laissé de récits où ils évoquent cette question, contrairement aux Français].
 
La situation ouvrière en Angleterre est-elle encore un tabou ?
Il reste un fort tabou autour de l’extrême violence de l’histoire sociale britannique. Le problème, c’est que les historiens étudient cette violence de façon ponctuelle, sur telle ou telle période, mais n’établissent pas de lien entre les différents épisodes de crises sociales sur deux siècles. Si les historiens et l’opinion publique font de la violence sociale une série d’occurrences isolées les unes des autres, comme si elle était le fruit du hasard ou de malveillances individuelles, alors elle ne devient pas un trait fondamental de l’histoire du pays. Tout le monde veut la neutraliser, car il n’est pas commode de penser que le type d’équilibre auquel la société est arrivé est le fruit d’une longue série de violences. D’autant plus que l’identité britannique s’est construite contre l’identité française, réputée pour ses secousses sociales et son « siècle des révolutions ».
 
Le grand public s’intéresse-t-il à la révolution anglaise ?
Il existe de nombreux ouvrages et événements commémoratifs, notamment en costumes, consacrés à la révolution. Mais ces animations folkloriques n’ont pas de conséquences sur la façon d’analyser la société : on passe sous silence les liens entre la révolution, Cromwell et la monarchie par exemple. Il n’y a pas d’insertion de ces événements dans la trame historique qui conduit jusqu’à nous [NDLR : la première révolution anglaise a lieu entre 1641 et 1649 et aboutit à la décapitation du roi Charles 1er  et le régime de Cromwell, qui mène à la monarchie en place aujourd’hui].
 
Est-ce lié au régime monarchique ? Est-ce embarrassant pour différents responsables ?
C’est embarrassant pour construire un discours cohérent car on ne peut pas être à la fois monarchiste et révolutionnaire, or la monarchie actuelle est issue de la dernière phase de la révolution du 17e siècle. C’est une histoire faite de paradoxes difficiles à gérer et à digérer.
 
L’utilité de la monarchie peut-elle être mise en cause aujourd’hui ou reste-t-elle un tabou ?
C’est un tabou pour la plupart, même s’il existe une minorité républicaine à gauche et à droite. L’étude comme la mise en scène de la monarchie ne conduisent pas à une réflexion sur les institutions britanniques et leur éventuelle évolution.
 
On a le sentiment que les problèmes de société contemporaine guident les historiens dans leur lecture et relecture du passé ?
Les historiens se posent consciemment ou inconsciemment les questions de la société dont ils font partie. (…) La manière de solliciter les sources évolue au fil du temps, les historiens mettent à jour des sources qu’ils n’avaient pas pensé à questionner auparavant. C’est vrai également dans un domaine comme celui de la place des femmes dans la société. Le courant féministe a obligé à découvrir que les femmes existaient dans l’histoire !

Entretien réalisé en février 2007 par Carole Trébor, historienne et journaliste, collaboratrice d'ARTE France.
Cadre: Nicolas Psaume
Stagiaire cadre: José Pérez
Montage: Carole Trébor
Musique: Philippe Mandel
Chef de projet: Sascha Hartmann

Par Olivier Renouard - Publié dans : Histoire
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Vendredi 29 février 2008
Quelles sont les causes de la défaite française de 1940 ?

Comment comprendre l’engagement des banquiers et industriels dans la " collaboration économique " avec les Allemands entre la défaite et la libération de Paris sans s’interroger sur la phase précédente ?

Les classes dirigeantes françaises ont-elles planifié dans la décennie 1930, comme leurs homologues belges guidées par la Banque nationale de Belgique, l’occupation prochaine de leur pays par l’Allemagne de Hitler ?

À la lumière d’archives françaises et étrangères, pour la plupart jamais encore dépouillées, Annie Lacroix-Riz revient sur les origines de Vichy. Un essai très engagé, qui bouleverse notre connaissance de cette période de l’histoire de France et au-delà, des relations internationales.

Cet ouvrage défend la thèse que les hommes de Vichy ont préparé leur arrivée au pouvoir et que la transformation des institutions, rendue nécessaire par la crise, passait par la défaite française.

L’ouvrage montre ainsi, dans une approche nouvelle, que les causes de l’Occupation sont avant tout intérieures. Il aborde la question de la nature des actions menées de 1933 à 1939 en faveur de l’axe Rome-Berlin. Surtout, il met en exergue le caractère déterminant de l’économie dans le fonctionnement de la société française des années 30. 
Par Olivier Renouard - Publié dans : Cercle des puissants
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Samedi 9 février 2008
Un peu orienté,certes!Mais ça fait du bien!
Pour tous ceux qui trouvent qu'on ne voit pas assez souvent ce genre d'images à la télé,voici un petit exutoire de mauvaise foi,évidemment!


Là,notre président était au G8 et il n'a toujours pas bu d'alcool!
LA LA LA LA LA LA LA LA LA LA LA LA,on est les champions...On est les champions,LA LA LA LA LA......Il est vraiment,il est vraiment,il est vraiment phénoménal LA LA LA LA ...
Retrouve sa compil "C'est pas ce qu'vous croyez":

Par Olivier Renouard - Publié dans : Humour
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Samedi 9 février 2008
Notre démocratie est malade. Sa maladie ? La « médiatique » !

Paradoxalement, ce n’est pas la liberté des médias qui fait défaut ni l’ancrage démocratique de notre pays. Une vieille tradition démocratique, avec une presse libre, peut enfanter un Léviathan médiatique : « Etrange paradoxe, pourtant, l’abus de média peut également plomber une démocratie ancienne, insidieusement, sans que l’on y prenne garde (...). La liberté absolutisée de la presse peut virer à une sorte de « totalitarisme » mental qui marginalise les autres pouvoirs »

Pierre Servent, journaliste au Monde et à La Croix vient de faire paraître un ouvrage intitulé «La Trahison des médias». Analysant avec précision un monde qu’il connaît bien - pour en être issu - l’auteur analyse en profondeur les mécanismes qui ont conduit le quatrième pouvoir à trahir son rôle.

Comment en sommes-nous arrivé là ?

Premier élément du mécanisme : les professionnels des médias, les journalistes, rédacteurs en chefs, ne remplissent plus leur rôle, celui pour lequel on les attend : l’analyse !

Il n’y a plus de traitement ni d’analyse. Il y a tout juste un émotionnalisation de l’information.

« A coup de chocs émotionnels et de visions binaires "bourreau-victime", ils donnent trop souvent de l’actualité une vision massifiée, à vocation totalisante, au sens où une information, une seule, occupe soudainement tout le champ visuel. Elle écrase les autres avant de céder sa place » p. 13.

Quand les médias tiennent une nouvelle idole, elle en diffuse l’image jusqu’à l’écœurement. Ce qui fait dire à Jean-François Khan « La presse "lèche, lâche et lynche" ses victimes » p. 16.

L’auteur dénonce aussi la tentation pour le journaliste de chercher le scoop, l’info qui dézinguera un politique en vue, voire un notable. C’est ce qu’il appelle la « chasse au gros ». La critique sera tous azimuts et servira surtout à masquer une faiblesse de l’analyse, à masquer une incapacité à peser le pour et le contre. Si la devise des mousquetaires était « Un pour tous, tous pour un », l’auteur la détourne avec humour en « Un pourri, tous pourris... » p. 81.

Pour masquer l’absence d’investigation, le manque d’analyse, le journaliste se fiera à son intuition, à ce qu’il sent du sujet. Le « feeling » remplace le raisonnement.

Cela est particulièrement vrai à la télévision, où l’émotion est devenue quasiment l’unique vecteur de « communication » avec les téléspectateurs.

Le menu du journal télévisé du 20 heures « déroule en début de soirée - devant presque deux Français sur trois - une litanie sans fin de drames sans aucun signe d’espérance. Litanie de maux, liturgie médiatique... léthargie démocratique » p. 19.

Pour ce média qui a une place à part dans notre société, l’auteur ne mâche pas ses mots : « Le journal télévisé, c’est vingt minutes d’angoisse et dix minutes de "c’était mieux avant" » (citation tirée d’une étude sur le sujet) p. 21.

« Les médias alimentent cette machine à déprime en ne traitant qu’une partie de la réalité, la plus noire. La plus fausse » p. 21. « L’image qui se vend bien est l’image de mort » p. 26... On ne saurait être plus clair.

Mais ces éléments n’auraient pas cet effet aussi négatif si les médias n’étaient pas victimes de leur succès. Ils ont créé une caste de toxicomanes dépendants, les hommes politiques. Est-ce une circonstance atténuante ? Pas vraiment ! Ils seraient plutôt complices de cette addiction.

Le problème est la généralisation de l’idée qu’il faut être vu pour être en vie. Les politiques se comportent un peu comme ces produits dont le seul argument est d’avoir été « Vu à la télé ». L’important n’est pas de « savoir faire, mais bien de faire savoir ». Et l’auteur parle en des termes presque cliniques de « l’addiction de certains dirigeants à la drogue dure du petit écran » p. 33. La volonté de certains de ne rater aucune chance de passer à la télévision, surtout si c’est dans le cadre d’un événement « émotionnel » conduira à des spectacles déplorables.

En découle un terrible narcissisme des médias qui se croient ainsi faiseurs de rois. Les médias « confondent information et communication. Non au service d’une firme ou d’un parti - cette communication-là est vite décelée -, mais au bénéfice de leur propre narcissisme » p. 27.

Troisième élément de cette mécanique : la marchandisation de l’information.

L’auteur rappelle le théorème de Patrick Le Lay (ancien PDG de TF1) selon lequel la première chaîne française est surtout là pour « préparer les cerveaux à recevoir les publicités des annonceurs » p. 62. L’auteur tire les conséquences de ce simple mécanisme : « La complexité est à proscrire. C’est un coup à faire décrocher le spectateur, donc l’audimat et, avec lui, les annonceurs » p. 62.

Le besoin de simplification à outrance est particulièrement marqué dans la dichotomie que l’on retrouve dans le traitement de l’information : il y a des victimes et des bourreaux. « Sans s’en rendre compte, les médias contribuent à réactualiser le bon vieux discours de la lutte des classes, version mondialisation » p. 55.

Quand une affaire apparaît, il faut aller vite. Les journalistes ne peuvent manquer une info. La faute à qui ? A la concurrence entre médias ? On peut l’admettre. « Il faut être le premier - et, en tout cas, certainement pas le dernier - à parler de ces affaires » p. 91.

Phénomène connu et souvent décrié, l’auteur revient sur le manque de distanciation avec les élites, qu’elles soient du show-business ou de la politique.

Il enfonce le clou sur la déliquescence du métier de journaliste « les médias étant de plus en plus assimilés à l’univers du show-business, la frontière entre réel et virtuel, entre fiction et réalité étant de plus en plus ténue, le métier de journaliste est surtout perçu comme étant une variante des métiers du spectacle » p. 67. Cela se reflète notamment dans les concours d’entrée aux écoles de journalisme où certains candidats mélangent complètement ces deux métiers.

La proximité avec les politiques tourne à la complicité. D’autant que le métier de politique est un terrain fertile pour la mégalomanie. « Avec cette étrange maladie, le donneur - le journaliste - et le receveur - le « médialomaniaque » - sont souvent complices, compères, comparses, parfois copains ou copines ». Politiques, qui vont s’enfermer dans leurs bulles, reliés au reste du monde par les journalistes, avec comme unique structure de pensée leur plan média.

Mais comme il n’y a pas de média sans audience, l’auteur n’écarte pas la responsabilité du public. Tout cela n’est survenu que parce que « nous » avons construit une démocratie d’opinion.

Le diktat de l’opinion prive le politique de ce dont il a le plus besoin : le temps pour orienter sa politique sur le long terme. « Le facteur dominant, c’est la démocratie d’opinion dans laquelle nous vivons. En sacrifiant sans cesse le long terme au court terme, elle coupe l’herbe sous le pied des grands hommes qui ont besoin de temps pour s’affirmer » p. 149. Temps qui est aussi précieux pour le journaliste, pour analyser plutôt que de verbaliser.

Enfin, dernier rouage de cette mécanique bien démontée par l’auteur : le rôle des nouvelles technologies. Avec leur impérieuse nécessité de la vitesse, les nouvelles technologies sont un réel facteur aggravant. Tout doit aller vite. La prime est au scoop, au temps réel. L’analyse et l’investigation qui demandent du temps ne payent pas.

On pourrait ajouter un dernier paragraphe, tout juste esquissé dans l’ouvrage, et qui concerne les nouvelles menaces pour la profession de journaliste.

-  En premier lieu, l’essor d’internet et des blogs, qui permet à tout un chacun de trouver de l’information, de l’analyser et de la publier, avec la plus grande des facilités. La défiance actuelle envers les experts conduit à privilégier l’avis du simple quidam (le bloggeur qui parle vrai *) au détriment de celui qui sait, mais dont on ne sait pas à quel lobby il est inféodé.

-  Autre menace, moins précise, mais non moins dangereuse, celle de l’apparition des nouveaux métiers de l’analyse. Je veux parler des professionnels de la veille ou de « l’intelligence économique » dont le savoir-faire réside dans les capacités de collecter, analyser et diffuser des informations pertinentes (et dont je fais profession). La seule différence est qu’ils le font pour le compte d’entreprises et dans le cadre du secteur marchand du conseil. Ce domaine est particulièrement dynamique dans le développement de systèmes automatisés de collecte et de traitement, outils sophistiqués que les journalistes seraient bien inspirés de s’approprier au plus vite.

Qu’en conclure ? Va-t-on jeter le bébé média avec l’eau du bain ?

On l’a bien compris, si les médias ont trahi, les responsabilités sont multiples, partagées et les mécanismes complexes.

On ne peut faire porter la faute sur un seul coupable, qui deviendrait ainsi le bouc émissaire. Tout est lié. « Les citoyens et les décideurs ont les médias qu’ils méritent », rappelle l’auteur p. 17.

Un diagnostic plus général est porté sur la France. Notamment quand l’auteur écrit : « Paniquée par l’avenir, la France donne l’impression de s’être emmaillotée dans la toile des grandes confusions (...) » p. 47.

On tient sans doute là, une des clés les plus profondes de ce malaise : l’effroi face à un avenir que l’on ne pense pas maîtriser. Même s’ils ont une responsabilité importante dans la situation actuelle, les médias ne sont ni victimes ni bourreaux. Ils sont avant tout le catalyseur de ce malaise. A ceci près qu’un catalyseur, dans une réaction chimique, ne sort pas affecté par la réaction qu’il a entraînée. Or, dans notre cas, le catalyseur-média s’appauvrit constamment.

(Sources:
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=35490)

Bienvenue en médiacratie

A propos de "Notre métier a mal tourné, deux journalistes s’énervent", de Philippe Cohen et Elisabeth Lévy.

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Que s’est-il passé ? Telle est la question un peu triviale que pose Bernard Lewis en tête d’un essai brillant sur l’Islam (What Went Wrong ?) et que devrait décliner notre époque d’après la catastrophe, à propos, sans souci d’exhaustivité et dans le désordre (comme cela va de soi en régime postmoderne), des concepts fondateurs de la modernité que sont le libéralisme, l’éducation, la santé, la politique et, dans une certaine mesure, le journalisme.

 

Car, contrairement à ce que laisse peut-être penser certaines glorieuses apparences telles que l’augmentation impressionnante du nombre de cartes de presse (+ 25 % en dix ans), le journalisme est en crise. En effet, alors que la soif d’information du citoyen paraît inextinguible, que le statut social des journalistes est aujourd’hui plus prestigieux que jamais (en témoigne les nombreux mariages entre hommes politiques et femmes journalistes), beaucoup de journalistes éprouvent un sentiment de détresse face à l’évolution de leur profession, tandis que le citoyen se montre pour sa part de plus en plus défiant à l’encontre du pouvoir grandissant des médias.

 

Comment expliquer ce hiatus ? Le journalisme a longtemps été pensé comme un nécessaire (contre-)pouvoir, le quatrième, dont l’émergence fut contemporaine des institutions démocratiques marquées par la conception libérale du meilleur régime, conception selon laquelle une stricte séparation des pouvoirs est nécessaire. Ce « quatrième pouvoir », qui est, selon Marcel Gauchet, « consubstantiel à la politique moderne conçue comme émanation de la société » (1) serait aujourd’hui, au moment même où il paraît triompher, sur le point de se fondre dans une médiacratie qui le dénature en le soumettant. C’est le diagnostic, brillant, incisif, mais aussi inquiétant pour notre vieille démocratie, que formulent Philippe Cohen et Elisabeth Lévy dans leur ouvrage, Notre métier a mal tourné, paru aux éditions de Minuit en janvier 2008.

 

Selon le fascinant récit que font les auteurs de la mutation du journalisme contemporain, de contre-pouvoir, le journalisme est d’abord devenu un factotum des différents pouvoirs, avant de paraître prendre le pouvoir lui-même, au risque de disparaître (en tant que contre-pouvoir) dans ce processus.

 

Ainsi, le journalisme politique est devenu « une chronique de cour (p. 226) » souvent instrumentalisée par un pouvoir exécutif lui-même fasciné par l’image que lui renvoient les médias, tandis que l’obsolète envoyé spécial devient un employé spécialement affecté à la couverture « d’événements » créés de toutes pièces par d’énormes machines indifféremment financières, sportives ou militaires, « événements » qui n’existeraient cependant pas sans lui. L’archaïque journaliste d’investigation pour sa part devient un simple intermédiaire entre les juges qui veulent régler leurs comptes avec les politiques et la une du journal, avant d’être en position, comme dans l’affaire Allègre, d’intimer aux juges d’avaliser, par l’ouverture d’une enquête, les lynchages médiatiques qu’il orchestre. Quant au journalisme d’opinion, il est tout simplement honni, relégué dans ces décharges à ciel ouvert de la pensée contemporaine que sont les blogs (et autres billets d’humeur).

 

Dans une large mesure ces évolutions parallèles ont une cause unique, le discrédit dans lequel a sombré le concept « d’idéologie » au profit d’une idéologie qui ne dit pas son nom, celle de la neutralité, du culte du fait. Outre le fait que « la prétendue neutralité est la façade commode d’une idéologie moralisatrice et soupçonneuse (p. 73) », elle est aussi le socle d’un dogme à ce point figé qu’il pourrait être littéralement qualifié de religieux. C’est ainsi que les journalistes, forment un « clergé (p. 105) », « chargé de propager la bonne parole » d’une « croyance, peut-être l’ultime croyance, d’une époque qui se croit incroyante. (Ibid.) »

 

Cette croyance est ultime au double sens où elle se nie elle-même en tant que croyance et où elle procède à une liquidation radicale d’une médiation symbolique tributaire du passé et constitutive de la pensée, qu’elle soit critique ou religieuse. Comme toutes les institutions démocratiques, le journalisme est, en son origine, affaire de représentation. Le journalisme en ce qu’il se veut fidèle à la réalité, ne peut s’affranchir d’un point de vue sur le réel. Le monde, lorsqu’il passe par le prisme du sujet, est nécessairement représenté, il ne peut être livré tel quel grâce à un illusoire et mortifère souci de neutralité. De la même façon que la France a besoin d’une représentation démocratique (grâce à ses élus), et iconique ou conceptuelle (grâce à des symboles et des valeurs), pour exister concrètement (2), le monde doit être représenté pour pouvoir être saisi, appréhendé dans sa densité. Il n’existe pas d’accès direct au monde grâce aux médias télévisuels ou cybernétiques, sinon sous la forme fantomatique de l’effigie magistralement décrite par Günther Anders dans son ouvrage L’Obsolescence de l’homme.

 

Mais cette évacuation de la réalité au profit d’un hypothétique réel n’est pas le fin mot de l’histoire. Il y a autre chose. Et cette autre chose est particulièrement ironique si l’on remarque, comme le font à de nombreuses reprises les auteurs, que le culte de la neutralité est défendu becs et ongles aujourd’hui par une théorie d’anciens gauchistes. Lorsqu’on n’a pas de point de vue sur le monde, on est perméable à tous ceux qui en ont un, ou, à défaut d’en avoir un, qui ont des intérêts à défendre : les grands groupes privés, les différents lobbies, les gouvernements, bref tous ceux qui financent d’une façon ou d’une autre le journalisme. C’est ainsi que les médias tout à leur neutralité sont livrés sans défense idéologique aux points de vue particuliers d’énormes machines elles-mêmes obsédées par leurs propres images. Sur le point d’être absorbé par le monde économique, le journalisme est l’idéal complément moralisateur de ce monde, l’écume évanescente d’un océan d’intérêts financiers fascinés par le médiatique qu’ils investissent en masse. Pour paraphraser plus précisément Marx, le journalisme constitue la théorie générale de ce monde médiatique, sa somme encyclopédique, sa logique sous forme populaire, son point d’honneur spiritualiste, son enthousiasme, sa sanction morale, son complément solennel, sa consolation et sa justification universelles.

 

Le tableau est sombre et l’on ne voit guère poindre de lueur journalistique à l’horizon médiatique qui permettrait d’espérer que le journalisme pourrait être restauré dans son rôle (essentiel pour la démocratie) de contre-pouvoir. Le journalisme sera-t-il régénéré par le « journalisme-citoyen » grâce auquel (à cause duquel) vous lisez ces lignes ? Détrompez-vous. En substance, le journalisme citoyen est au journalisme ce que l’art contemporain est à l’art : un fossoyeur. Alors que les « journalautes » dans les salles de rédactions taylorisées des journaux.fr travaillent pour des salaires de misères à paraphraser les agences de presse, le journaliste citoyen, chez lui (ou au bureau) fait la même chose, mais gratuitement, contribuant ainsi à la baisse tendancielle du salaire du prolétaire-journalaute. Ainsi notre époque a-t-elle inventé une nouvelle sorte de sous-prolétaire, celui qui travaille gracieusement (ou, à la rigueur, pour un drôle d’avatar servile de la « reconnaissance » hégélienne peut-être ?) à enrichir la médiacratie tout en sciant la branche sur laquelle est assis son camarade journalaute (3).

 

Les meilleurs chapitres de cet ouvrage ne sont pas ceux, presque purement factuels, qui se livrent à une longue description des péripéties qu’ont connues les rédactions de trois grands quotidiens (Le Monde, Libération, Les Echos) et qui intéresseront néanmoins, n’en doutons pas, la profession et la para-profession citoyenne, mais plutôt ceux qui contiennent l’analyse des auteurs sur l’évolution de leur métier et les hypothèses qu’ils formulent sur son évolution présente et à venir que j’ai tentées de résumer ici (deuxième partie p.101 à 139 en particulier). C’est ainsi que cet ouvrage constitue la meilleure illustration du plaidoyer des auteurs en faveur d’un journalisme réfléchi, ouvertement idéologique, incarné, plutôt que purement et abstraitement factuel.

 

(1) « Contre-pouvoir, méta-pouvoir, anti-pouvoir », Le Débat, « Penser la société des médias » (I), n° 138, janvier-février 2006, cité par Ph. Cohen et E. Levy, p.129.

 

 

 

 

 

(2) Je me permets ici de me livrer sans vergogne à un copinage éhonté (mais pourquoi me priver, je ne suis pas payé après tout !) en renvoyant à l’excellent article de mon excellente amie Emmanuelle Compagnon.

 

(3) Si l’on veut savoir ce que pense exactement nos deux auteurs au sujet de notre cher média citoyen, qui incarnerait en France un « journalisme d’en bas », on peut lire ce passage. « Sur Agoravox, seul "média citoyen" français d’une certaine envergure, comme sur la plupart des blogs, la tonalité qui domine est celle de la plainte », à en croire David Abiker, chroniqueur à France Info et observateur affûté de la toile : « Tous ceux qui se pensent victimes des Parisiens, des riches et des puissants peuvent s’y épancher, mais seule une minorité a quelque chose d’intéressant à dire (p. 208-209). » Et un peu plus loin. « Intarissable auteur de commentaires oiseux ou hargneux, l’internaute interactif est tenu par ceux qui animent - c’est-à-dire dirigent - un site dans la même estime que le militant trop dynamique par la direction de son parti. "Ils nous emm..." En privé, voilà à quoi se résume souvent le point de vue des maîtres du cyberespace sur leurs "visiteurs". Ce qui ne les empêche nullement de proclamer urbi et orbi : "Votre parole vaut la nôtre (p. 209)." » Un commentaire, M. Revelli ? 

Sources :
http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=35478

Par Olivier Renouard - Publié dans : Actualités
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